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Les projets de CHARNIÈRES

Mis à jour le 21 janvier 2016

Les pensées et les écritures qui ont émergé entre 1650 et 1850 sont étudiées à la fois au sein du grand mouvement de modernisation qui a progressivement colonisé l’ensemble de notre planète au cours des quatre derniers siècles, et comme les symptômes de résistances internes à ce grand mouvement. La notion d’ »altermodernité », promue par Michael Hardt et Antonio Negri, vise justement à faire apparaître des tensions, des rejets et des formes de subversions des Lumières qui sont co-extensives à leur déploiement – subversions internes qu’illustrent, chacun à sa manière, l’incontrôlable imagination libertine de Cyrano de Bergerac, les multiples combats de Jean-Jacques Rousseau, le Diderot anarchiste du Supplément au voyage de Bougainville, les fantaisies gabalistiques de Tiphaigne de La Roche, la « folie » de Théroigne de Méricourt, l’utopisme de Fourier, l’anti-industrialisme de Stendhal, les passions politiques des romantiques, les engagements féministes de George Sand ou la haine du bourgeois de Flaubert.

Sensibles aux continuités qui trament une culture à travers les frontières souvent artificielles qu’instaurent les périodisations, les disciplines et les supports médiatiques, les membres de CHARNIÈRES ont aussi le souci de donner de l’intelligibilité aux transformations, aux dilemmes, aux variations qui spécifient chaque moment, chaque lieu et chaque acteur au sein de ces évolutions culturelles. Ils travaillent sur les charnières littéraires, esthétiques, idéologiques et médiologiques de la modernité, avec trois axes de travail pour le nouveau quinquennal :

Charnières entre les media

Recherches sur la constitution de corpus et la pratique des éditions critiques, en particulier autour de l’exploitation et de la valorisation du Fonds de manuscrits de Stendhal, ou d’un périodique clandestin de la France prérévolutionnaire (édition des Mémoires secrets dits « de Bachaumont ») : passages du papier à l’écran, du texte à l’hypertexte, de l’accès restreint d’une réserve de bibliothèque à l’accès libre sur Internet ; questions d’intelligibilité, de recontextualisation, d’indexation, de nouvelles possibilités herméneutiques pour l’érudition qui sont au cœur des humanités numériques.

Réinscription de l’utilisation des media (livres, presse périodique, images, théâtre, opéra, encyclopédie) au sein d’évolutions de longue durée relevant d’une « archéologie des media » : là où l’histoire des media commence dans les années 1830, l’archéologie des media va chercher dès la fin du moyen-âge l’émergence de pratiques, d’arts et de théorisations de ce qui deviendra nos moyens d’enregistrer, de communiquer et de traiter l’information pour en tirer de la signification. Ce travail de remontée en amont a pour finalités à la fois de faire émerger une autre vision des XVIIIe et XIXe siècles, et d’apporter un éclairage de long terme sur les transformations anthropologiques que subit la socialité humaine du fait du déploiement de grands réseaux de communication en accélération et en déterritorialisation constantes, sous le double aspect des « imaginaires médiatiques » et des « appareillages socio-techniques. »

Charnières entre les discours

Recherches sur les interactions multiples des discours littéraires et non-littéraires (sciences du vivant, sciences politiques, philosophiques, sociologiques, économiques), de récits, de croyances (comme l’explore pour le merveilleux la revue de l’équipe, Féeries), d’images, de scénarisations à travers le déploiement et l’intensification des réseaux médiatiques depuis 1700, au sein de la sphère publique.

Les formes brèves du discours moral développées depuis la seconde moitié du XVIIe siècle prennent un sens nouveau si on les resitue dans l’histoire des développements de l’optique ; elles se manifestent d’une façon encore nouvelle si on les observe dans l’espace des textes préfaciels. La notion de « merveilleux » instaure un espace particulièrement libre d’imagination reconfigurante mobilisé dès la fin du XVIIe siècle pour repenser la morale, le social, le technique et le politique. De même, la notion de « romanesque », telle qu’elle se développe entre 1730 et 1850, offre-t-elle une prise privilégiée sur les subjectivités humaines, fournissant un mode d’interrogation et un outil d’exploration du réel, un prisme où toutes les sciences humaines peuvent regarder leur image réfléchie. De même encore le genre de la nouvelle constitue-t-il un point d’observation privilégié pour comprendre les revendications (et les angoisses) politiques s’affichant au titre de la « démocratie littéraire. »

Ces charnières étudiées à l’articulation de différents domaines et modes de savoirs impliquent toujours une dimension critique, qui apparaît de façon encore plus évidente dans les enquêtes menées sur la tradition des romans de femmes aux XVIIIe-XIXe siècles, et plus généralement sur le statut des questions de genre-gender au croisement problématique d’un romanesque souvent féminisé et de sciences à forte domination masculine. Les écritures littéraires ouvrent des possibilités critiques inédites envers les savoirs constitués et développent des modes de connaissance propres.

Charnières entre les époques et ouverture sur le contemporain

Une bonne façon de décloisonner les perspectives étroitement séculaires est d’explorer la façon dont une période reconstruit sa généalogie en caractérisant les siècles précédents. On mènera donc des recherches sur les temporalités paradoxales qui régissent la constitution, la circulation, l’interprétation et l’effectuation des œuvres littéraires (ainsi que des œuvres d’art en général) appuyée sur le principe selon lequel la littérature et les arts du passé sont aussi ce que leurs interprétations ultérieures en font.

Si la littérature française est notre centre de gravité, la France n'est pas notre seul horizon. C’est ainsi que l’accueil du romantisme français au Proche-Orient permettra de comprendre les enjeux des transferts littéraires (style, thématiques), dès la fin du XIXe siècle et jusque dans les années 1940, vers la littérature arabe moderne et les francophonies naissantes (Égypte et Liban).
Toute la méthodologie de l’archéologie des media relève ainsi du recul historique propre à LITT&ARTS. Il s’agit pour nous de reconsidérer « l’hyper-contemporain » à la lumière d’évolutions de long terme, d’expérimentations oubliées, de développements alternatifs étouffés, qui aident à nous décoller le nez d’une actualité aveuglante grâce au détour par une meilleurs connaissance d’un passé négligé – prometteur d’une « altermodernité » encore à inventer. C’est cette altermodernité de demain, à exhumer dans les textes d’hier, qu’espère explorer une série de conférences invitant des écrivaines d’aujourd’hui à trouver des modèles inspirants dans les gestes et discours de femmes du passé.

Principaux chantiers en cours

  • Édition numérique et imprimée des manuscrits Stendhal : appuyé sur une collaboration entre la Ville de Grenoble, l'Université Stendhal - Grenoble 3 et la MSH-Alpes, ce chantier met à la disposition des chercheurs et du grand public le corpus énorme des manuscrits rédigés par Stendhal, avec près de 3000 pages déjà disponibles sur le site http://manuscrits-de-stendhal.org/. Une équipe dirigée par Cécile Meynard organise des journées d’étude et des colloques consacrés à la fois à l’interprétation littéraire des manuscrits et aux enjeux méthodologiques des humanités numériques.
  • Études sur Stendhal et le romantisme : un nombre important de publications collectives et de colloques ont été réalisés et sont en préparation par un groupe de spécialistes de Stendhal animé par Catherine Mariette-Clot, avec un colloque consacré à « Stendhal Historien » dont les actes seront publiés dans un numéro de la revue Recherches et Travaux.
  • Publication annuelle de la revue Féeries : créée en 2003, cette revue fondée par Jean-François Perrin et dirigée par Anne Defrance se consacre au conte merveilleux de langue française, du XVIIe au XIXe siècle. Chaque numéro est consacré à un thème et présente un compte rendu de la littérature critique sur le genre. La ligne défendue par la revue est celle d'une approche résolument littéraire. Pour les numéros passés disponibles en libre accès et pour le sommaire des numéros récents, voir http://feeries.revues.org/
  • Édition numérique et imprimée des Mémoires secrets (dits « de Bachaumont ») : ce recueil clandestin de notices journalières chronique tout ce dont on parlait entre 1762 et la Révolution, ainsi que ce dont on n’osait pas parler ouvertement. Une large équipe internationale de spécialistes de la presse d’Ancien Régime est dirigée par Christophe Cave pour donner la première édition critique (imprimée et numérique) de ce corpus immense, dotée de plusieurs index, de riches annotations et d’annexes diverses. Des journées d’études et des colloques sont organisés pour mener une réflexion historique et médiologique sur cet objet majeur mais longtemps méconnu.
  • Programme de recherche sur littérature et sciences : autour de Lise Dumasy, de nombreux colloques et des publications collectives en cours sont consacrés aux interactions entre la vie littéraire et la vie scientifique des XVIIIe et XIXe siècles (littérature et médecine ; les Idéologues entre Lumières et romantisme ; publication des Œuvres complètes de Tiphaigne de La Roche), avec une collection des ELLUG dédiée aux confins entre « Savoirs littéraires et imagination scientifique ».
  • Séminaire et colloque sur les rapports entre histoire et fiction : à l’heure où les sciences humaines (histoire, sociologie, anthropologie) redécouvrent les vertus de la narrativité et des fictions heuristiques, un groupe animé par Dominique Massonnaud réfléchit aux multiples articulations (anciennes et nouvelles) qui se trament entre fictions littéraires et récits historiques.
  • Journée d’étude et publications sur le paratexte moral : Bernard Roukhomovsky anime une recherche sur la poétique du genre moral dans le texte préfaciel entre 1660 et 1760. Comment la réflexion des moralistes a-t-elle trouvé dans les textes liminaires un espace où inventer des formes littéraires originales ?
  • Les relations du roman et de la nouvelle : en quoi le roman et la nouvelle constituent-ils des genres relevant de logiques narratives et de positionnements idéologiques contrastés ? Cette question fera l’objet d’un colloque organisé par Chantal Massol en collaboration avec New York University.
  • Le séminaire « Femmes d’hier et d’aujourd’hui », organisé par Catherine Mariette-Clot, invite des auteures ayant acquis de nos jours une réputation internationale à venir parler d’une femme du passé dans laquelle elles choisissent de se reconnaître.
  • Archéologie des media et écologie de l’attention : divers séminaires de Master et de l’École doctorale, un atelier financé par la Maison de la Création, un colloque en préparation à Cerisy, un projet de financement ANR et diverses publications en cours se mettent en place autour d’Yves Citton pour étudier les environnements médiatiques et les comportements attentionnels dans une perspective qui s’efforce de revisiter des questions contemporaines à la lumière des différentes couches de pratiques médiatiques qui se sont sédimentées au cours des trois derniers siècles.
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