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Les scènes de l'enchantement : arts du spectacle, théâtralité et conte merveilleux (1650-1850)

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Colloque
du 14 au 16 octobre 2009

Ce colloque se propose d'explorer plus avant, dans la perspective des « scènes de l’enchantement », les rapports entretenus entre le conte merveilleux et les arts du spectacle, suivant un parcours diachronique large allant des tragédies lyriques de la fin du XVIIe siècle aux féeries romantiques de la première moitié du XIXe siècle, en les reliant au développement parallèle du conte de fées depuis Mme d’Aulnoy, jusqu’à Nodier, en passant par le conte oriental de Galland à Gueullette.

Spectacle et enchantement entretiennent une relation privilégiée au temps des premiers modernes. Il semble que le goût persistant pour la merveille, la magie, le surnaturel au théâtre et dans les arts voisins (chorégraphie, théâtre en musique, images animées) aille de pair avec celui du spectaculaire, voire, pour utiliser un terme en partie anachronique, du « grand spectacle » ; de même que réciproquement sa condamnation s’accompagne souvent d’une critique en règle des séductions du théâtre et de la tentation du spectaculaire. Une telle interaction exprime des enjeux généraux qui vont bien au-delà de la stricte sphère théâtrale, aussi bien au niveau idéologique qu’au plan économique ou social. En effet, dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, ce théâtre souvent symbolique et codifié, mais pas pour autant désincarné ou dématérialisé, est le plus souvent en prise directe avec l’actualité de son temps : évoluant au gré des commandes tant institutionnelles que privées ou des attentes réelles ou supposées d’un public toujours prompt à réagir, il propose, parfois avec une rapidité stupéfiante, des fictions à clef au gré des événements marquants de l’actualité, sans pour autant se réduire à un théâtre de circonstance, exploitant en profondeur croyances collectives et imaginaires sociaux. Un volumineux corpus d’œuvres très variées relève tantôt de la déconstruction métathéâtrale de l’illusion, du démontage systématique et parfois subversif de toute forme de mystification et de croyance, tantôt de l’exhibition enjouée des artifices de la scène et, de plus en plus, de l’image animée, tantôt de l’exploitation ludique, parodique ou encore érotique de la vogue du merveilleux littéraire.

Dans la ligne des travaux engagés, depuis bientôt dix ans, par le site grenoblois de l’UMR LIRE-CNRS sur le conte merveilleux de l’Âge classique, nous souhaitons explorer plus avant, dans la perspective des « scènes de l’enchantement », les rapports entretenus entre le conte merveilleux et les arts du spectacle, suivant un parcours diachronique large allant des tragédies lyriques de la fin du XVIIe siècle aux féeries romantiques de la première moitié du XIXe siècle, en les reliant au développement parallèle du conte de fées depuis Mme d’Aulnoy, jusqu’à Nodier, en passant par le conte oriental de Galland à Gueullette. Sans oublier au passage, parmi tant d’autres manifestations du merveilleux scénique, les comédies allégoriques, les scénographies des romans-contes de Crébillon, ou encore les fantasmagories et les spectacles de lanternes magiques… La liste serait longue de ces formes hybrides aux dynamiques complexes qui posent les bases, non seulement d’une poétique et d’une esthétique du merveilleux, mais encore d’une pratique de l’émerveillement à travers des spectacles d’un faste (système des spectacles, économie ostentatoire du pouvoir) et d’une maîtrise technique (innovation technique, essor de la machinerie et des artifices scéniques en tous genres) dont on a peine aujourd’hui à se faire une idée, tant elle a connu de redéploiement, de réécritures et de détournements jusqu’à nos jours. Exploitant le fonds commun des sciences et des croyances, ce théâtre syncrétique, composite et souvent iconoclaste joue des ressorts de l’imaginaire social et culturel, tout en se jouant des structures mêmes du rapport ambigu entre pouvoir et spectacle à l’âge classique.

Par ailleurs, rien de ce qui se développe dans le monde des arts du spectacle n’est indépendant de ce qui, dans le champ d’un merveilleux moderne, s’est inventé avec l’irruption du conte de fées sur la scène littéraire et son développement dans le conte oriental ; à cet égard les échanges, les transferts, les trouvailles sont en synergie autant qu’en émulation ; le conte de fées littéraire, dès l’origine du genre, témoigne plus ou moins ostensiblement de la contamination d’un autre genre, tout aussi nouveau que lui, l’opéra, dont il tend à intégrer les scénographies, les airs, les chorégraphies ; la matière narrative du conte oriental emprunte à la farce, à la sotie, à la parade, met en scène ironiquement ou non les artifices et les procédés de l’illusion théâtrale, intègre sous les figures du charlatan, du fakir, du calender tout un monde picaresque spécialisé dans la production de la mystification par le jeu, les décors, les tours de tréteaux... Il semble donc légitime de poursuivre les investigations dans un domaine d’étude dont l’exploration a été entamée dans notre précédent colloque : « Le conte en ses paroles », et poursuivie dans le n° 4 de la revue Féeries : « Le conte, la scène ». Y ont été mises à jour certaines des influences réciproques de ces divers « espaces » de représentation, et surtout questionnés les enjeux de leurs interactions : ce colloque permettra donc de prolonger l’enquête non seulement au théâtre et dans les arts voisins, mais également dans les contes merveilleux et leur théâtralité, en tant qu’ils ont, selon nous, partie liée.

Notre démarche privilégiera trois axes de réflexion :

  • La fabrique de l’enchantement : la mise en scène de féeries, merveilles ou encore fantasmagories présente d’emblée des difficultés techniques et pratiques qu’il importe de situer au sein des conditions matérielles de production de l’illusion théâtrale de chaque période. Il sera en outre instructif d’étudier dans le conte littéraire comment cette dimension de la fabrique de la merveille se trouve inscrite et figurée, ou encore transposée, qu’il s’agisse par exemple des « machines de l’opéra », des jeux d’optique féerique, des « miroirs du monde » ou des tours de charlatans. Ce qui n’exclut pas un registre spécifique dont doivent aussi être examinés les points de rencontre avec les arts de la scène, par delà leurs divergences matérielles.
  • La dramatisation de l’enchantement : la représentation de mondes et d’êtres merveilleux relève d’un travail de dramaturgie qui puise dans le mythe, les religions, la littérature, mais sur un mode critique incluant le pastiche, la parodie, le travestissement ou l’allégorie. Repoussant les limites du pacte de fiction, interrogeant les régimes de la théâtralité, mais aussi de la croyance, ces formes hybrides revendiquent un droit à l’imagination hors des cadres formels habituels et posent les bases d’une réflexion littéraire renouvelée, tant du côté du théâtre que de celui du conte : les questions de l’adaptation et de la transposition sur scène du conte merveilleux, mais aussi de la théâtralité inhérente à la poétique de ce dernier, seront ici centrales.
  • La perception de l’enchantement : théâtre d’illusion par excellence, la dramaturgie du merveilleux cherche à produire un effet de sidération particulier car procédant d’un jeu sur les conventions de l’illusion consentie. Une telle perspective est susceptible de mettre en évidence les pouvoirs du théâtre et de s’inscrire dans un ensemble de politiques de la littérature dramatique et du spectacle vivant. Investissement émotionnel et libidinal, l’émerveillement peut en effet être considéré comme un régime particulier de production et de manipulation des affects, entraînant un certain type d’investissement affectif de la part du spectateur. Ce nouveau régime du plaisir théâtral entretient un rapport qu’il faudra interroger, avec la façon dont dans les contes merveilleux, la perception de l’enchantement passe par la médiatisation d’auditeurs inscrits, assimilables à certains égards au spectateur séduit ou amusé : toutes figures plus ou moins critiques, capables de mettre à distance ce merveilleux théâtralisé et de se faire ainsi l’écho des débats qui se jouaient conjointement sur d’autres scènes.

Colloque international interdisciplinaire organisé par Anne Defrance, Jean-François Perrin et Martial Poirson (Université Stendhal-Grenoble 3 – UMR LIRE).

Mis à jour le 22 juillet 2016

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Lieu : 
Grande Salle des Colloques
(bât. G - 4e ét.)
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