Contenu

[ Université Grenoble Alpes ]

LITT&ARTS LITT&ARTS

Accueil > La Recherche > Projets de recherche


  • Version PDF

REPLIPOL : Reportage, littérature et politique

Mis à jour le 28 juin 2019

Responsable : Anna Saignes
Centre porteur : ÉCRIRE

Le reportage – appellation désignant une large palette de pratiques d’écriture à la jonction de la littérature, du journalisme et des sciences sociales – représente un courant essentiel dans les littératures hyper-contemporaines. En France, plusieurs auteurs revendiquent leur statut d’écrivain-reporter (J. Rolin, J. Hatzfeld, E. Carrère, F. Aubenas, P. Vasset). En Pologne, les ouvrages publiés dans des collections réservées au reportage (« reportaż »), ou estampillés comme tels en quatrième de couverture, se situent en tête des ventes, et suscitent régulièrement débats, polémiques et adaptations au théâtre et au cinéma. Certes, le reportage possède en Pologne une tradition plus forte et pérenne, étayée par la figure tutélaire du reporter Ryszard Kapuściński (1932-2007). Toutefois, le plus prestigieux des prix littéraires polonais (Nike) a été, en 2017, pour la première fois depuis sa création, décerné à un reportage (Cezary Łazarewicz, Żeby nie było śladów [Sans laisser de traces]). Comment interpréter cette présence de plus en plus insistante du reportage dans le paysage des littératures contemporaines ? Les chercheurs de l’UMR Litt&Arts qui s’intéressent à cette pratique posent que son succès est lié à l’idéal, clairement incarné par le reportage, d’une littérature transitive et performative, articulant la saisie du – et l’intervention dans le – réel. Sommes-nous aujourd’hui parvenus à ce moment où le roman doit laisser la place au reportage, moment prédit, dans l’entre-deux-guerres, par le reporter juif praguois germanophone Egon Erwin Kisch, et Bertold Brecht ? La vague actuelle du reportage n’est-elle, au contraire, qu’un souvenir nostalgique des énergies militantes d’autrefois ? Un retour du refoulé du projet d’émancipation ? Le désir d’un réel perdu dans un monde fait de mensonges (traces effacées, mensonges d’État, fake-news, etc.) voire de simulacres ? Permet-elle, au contraire, d’entrevoir de nouvelles formes de lien social et d’engagement ?

Afin de répondre à ces questions, l’équipe « reportage » de Litt&Arts, composée de spécialistes de cette pratique en France et en Pologne (et plus largement dans le domaine slave), se livre à une archéologie de ses avatars modernes, dans une dimension transnationale, parce que le reportage, plus que toute autre forme d’écriture, s’est constitué au gré de fertilisations croisées, circulations modélisantes et appropriations inventives. L’équipe souhaite ainsi réagir à l’émiettement et au cloisonnement des études sur le reportage, constatés aussi bien en Pologne qu’en France, et à l’absence d’une approche transnationale (pratiquée jusqu’ici seulement pour les transferts à partir du domaine anglo-américain). On se propose donc d’ouvrir et de dynamiser les études sur le reportage transnational en prenant comme point de départ l’exemple contrasté de la France et de la Pologne, tout en envisageant des prolongements vers d’autres aires linguistiques et culturelles, qui seront progressivement intégrées au programme. Dans cette optique, l’équipe est particulièrement attentive aux points sensibles de la réalité sociale et de la mémoire historique abondamment investis par les reportages depuis le début du XXe siècle : guerres et révolutions, faits divers ayant défrayé la chronique, pauvreté (par exemple celle provoquée par la crise de 1929), les marges de la société (la prostitution, la pègre, les prisons, les refuges pour sans-abris, les maisons de redressement), le travail à la chaîne, les grandes villes, les petites villes de province ou les banlieues oubliées de tous, ou encore la Sibérie. On s’efforcera de proposer un inventaire des formes du reportage, sans pour autant lui assigner un ensemble de caractéristiques formelles fixes, parce que, élastique et caméléon, il peut emprunter aussi bien la forme de l’enquête (policière, biographique, historique, sociologique…) que celle du recueil de témoignages, du récit de voyage ou de déambulations urbaines, intégrer des documents, flirter avec l’essai, ou encore détourner des procédés propres au roman. On identifiera les passeurs du reportage (directeurs de revues ou de maisons d’édition, traducteurs, reporters eux-mêmes, militants), ainsi que les auteurs et les textes dont le rôle a été décisif. On comparera les processus de légitimation du reportage et les éthos des reporters. On examinera, enfin, les interactions du reportage avec les contraintes éditoriales : comment le reportage réagit-il à leur évolution, comment s’accommode-t-il des nouveaux modes de diffusion (le web, les blogs de voyageur, les réseaux sociaux dits de long read, les Mooks (Feuilleton, XXI, Le Tigre) ainsi que des mutations des modèles économiques qui lui permettent d’exister ?
  • Version PDF

Litt&Arts - Université Grenoble Alpes
CS 40700 - 38058 Grenoble cedex 9