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Territoires et frontières en littérature de jeunesse

Mis à jour le 28 juin 2019

Responsable : Anne-Marie Monluçon
Centre porteur : ÉCRIRE, en collaboration avec l'ILCEA4

Le séminaire inter-laboratoires en littérature de jeunesse intitulé « Territoires et frontières en littérature de jeunesse » regroupe des chercheurs provenant de l’ILCEA4 et de Litt&Arts autour des questions de territorialités et de limites dans la littérature de jeunesse française et internationale.

Ce séminaire s’inscrit dans une dynamique de recherche en littérature de jeunesse à l’Université Grenoble Alpes qui regroupe de nombreux cours sur la question, à la fois à l’UFR LLASIC, LÉ, en ETC et à l’ESPÉ.

Les notions de territoires et de frontières sont au cœur de la réflexion dans ce séminaire qui se propose d’explorer les concepts de limites, seuils, passages, liens, cartes des mondes ainsi que les frontières entre les genres, les publics, entre le texte et l’image et entre les périodes historiques.

En littérature de jeunesse le territoire est intimement lié à l’appartenance, c’est-à-dire à la façon dont l’individu s’inscrit et se représente dans son territoire, ce qui définit le territoire comme sien et comment l’individu et le territoire se nourrissent mutuellement. Ce lien se traduit particulièrement dans le Bildungsroman[1], le roman d’aventures[2] ou les œuvres traitant des voyages initiatiques. Dans celles-ci le protagoniste et le lecteur accomplissent un périple allant du territoire de l’enfant (la maison, le village, le familier), passant par un espace liminaire ou hétérotopique[3] (la forêt, le cimetière, la mort, la route, le hors-lieu, le large) ainsi que par celui de l’adulte (la ville, les institutions). Ce passage entre territoires est connexe à la question de l’identité qui traverse ces œuvres, à la fois pour le personnage et pour les lecteurs qui sont amenés à grandir à travers ces voyages. Dans ces œuvres la cartographie joue un rôle important (rôle qui a été souligné dans la revue Cahiers Robinssons de 2010[4]) car celle-ci permet de tracer le chemin emprunté pour traverser les territoires et les lieux. Certains lieux peuvent aussi prendre le statut de quasi-personnage comme les topos du conte tels que le château, la chaumière, la forêt, etc.

Les territoires de réception de la littérature de jeunesse sont aussi des problématiques centrales pour ce séminaire qui questionne la circulation des textes entre les territoires, les pays et les époques au fil de traductions, réinterprétations et réadaptations. La limite de ces passages donnera matière à discussion car de nombreux textes se sont arrêtés aux frontières à cause de volontés politiques, religieuses ou morales.

La notion de frontière est intrinsèquement liée à celle de territoire dans la littérature de jeunesse car le territoire de la littérature pour adultes et le territoire de la littérature pour enfants se chevauchent au fil du temps impliquant une frontière floue, poreuse et ouverte[5]. Il y a d’ailleurs de nombreux lieux de passages entre les territoires du conte, du folklore, et de la littérature jeunesse : passages qui fonctionnent dans les deux sens car le conte semble revenir vers un public plus adulte après avoir séjourné pendant longtemps chez le public enfant. La littérature de jeunesse implique d’ailleurs de nombreuses questions idéologiques sur le rapport entre adulte et enfant : cette littérature est-elle nécessairement éducatrice, guidée par l’adulte ou peut-elle exister à part entière ? Cette réflexion, entamée en 2006 lors du colloque « Devenir adulte et rester enfant ?[6] », nourrit les discussions des chercheurs de ce séminaire. Par ailleurs, le passage inverse, c’est-à-dire du livre vers l’adulte, sera également analysé, allant de la réappropriation de la littérature de jeunesse par les adultes via la transmission et la lecture à la question d’une école des parents dans le texte.

Le territoire de la littérature de jeunesse est aussi par essence subversif car en partie détaché du monde adulte. Une foule de personnages négatifs tels que le fou, l’idiot et le paresseux, l’arnaqueur (typiques des contes facétieux) sont montrés sous un jour positif car ils réussissent bien souvent à triompher. La bien-pensance religieuse et morale de l’univers adulte est fréquemment détournée au profit d’une enfance plus libre et heureuse, loin des adultes. D’ailleurs, comme le mentionne Peter Hunt dans An Introduction to Children’s Literature, le monde de la littérature de jeunesse est particulièrement malsain pour les personnages adultes car ceux-ci sont souvent écartés au début des histoires[7]. La figure du parent et de l’adulte est par ailleurs intéressante à étudier car elle est souvent synonyme de violence envers l’enfant qui se doit de se retirer de ce monde brutal pour survivre. De façon intéressante, la cruauté et l’horreur ne sont pas bannies de la littérature pour les enfants mais sont présents à la fois dans les contes et les romans contemporains pour la jeunesse. Le courant contre-utopique des romans du XXIe siècle nous permet de mieux questionner cette frontière entre le monde de l’enfant et celui de l’adulte et d’analyser les passages qui s’opèrent entre ces deux genres qui se nourrissent mutuellement.

[1] Récit d'apprentissage sur le modèle du Wilhelm Meister de Goethe (1795-1796).
[2] Jean-Yves Tadié, Le roman d’aventures, Paris, PUF, 1982.
[3] Michel Foucault, Le Corps utopique, les hétérotopies [1966], Paris, Lignes, 2009.
[4] Danielle Dubois-Marcoin et Éléonore Hamaide-Jager, « Cartes et plans : Paysages à construire, espaces à rêver », Cahiers Robinssons, n° 28, 2010.
[5] Isabelle Nières-Chevrel (dir.), Littérature de jeunesse, incertaines frontières, Paris, Gallimard, 2005, p. 9 : « Les frontières de la littérature de jeunesse sont mouvantes et poreuses ».
[6] Isabelle Cani, Devenir adulte et rester enfant, Clermont-Ferrand, PUBP, 2008. Actes du colloque des 18, 19 et 20 mai 2006.
[7] Peter Hunt, An Introduction to Children’s Literature, Oxford, Oxford University Press, 1994, p. 24 : « [c]hildren’s books are singularly unhealthy places for parents ».
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