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L’invisible en jeu

Mis à jour le 11 septembre 2017

Quand l'invisible devient visible : Martin Givors, doctorant à LITT&ARTS, fait la lumière sur l'atelier de recherche-expérimentation associé aux arts de la scène.

« L’invisible en jeu » est un cycle d’ateliers de recherche-expérimentation dédié à l’étude des pensées et pratiques de la notion d’énergie dans les arts de la scène. Initié par Claire Besuelle (doctorante, Lille 3) et Martin Givors (doctorant, CINESTHEA), il est aujourd’hui co-porté par un comité réunissant également Daria Lippi (actrice, Fabrique Autonome des Acteurs) et Gabriele Sofia (MCF, CINESTHEA).

Ce projet est financé par la Maison de la création, l’IDEX « Vie Etudiante » de la COMUE Université Grenoble Alpes et la Ville de Grenoble.

Inauguré en juin 2017 à l’occasion de la tenue d’un premier atelier de cinq jours en résidence dans l’ancien monastère drômois de Sainte-Croix, avec quinze participants (chercheurs et/ou artistes), trois maîtres d’atelier – la danseuse Germana Civera, le pédagogue Alexandre Del Perugia, l’acteur Yoshi Oïda – et l’anthropologue François Laplantine, « L’invisible en jeu » travaille les arts de la scène à la croisée de l’épistémologie et de l’étude des techniques d’interprétation. Trois questions majeures présidaient à cette première rencontre : qu’est-ce que l’énergie pour un artiste-interprète ? Comment se travaille-t-elle ? Et comment évoquer, partager et analyser, dans toute leur complexité et leur technicité, les pratiques énergétiques développées par les artistes-interprètes ?

Pourquoi s’intéresser à la notion d’énergie ?
 
« Pour l’acteur, l’énergie est un comment, et non un quoi.
Comment se déplacer.
Comment rester immobile.
Comment mettre-en-vision sa propre présence physique et la transformer en présence scénique et donc en expression.
Comment rendre visible l’invisible : le rythme de la pensée. »
Eugenio Barba, Le Canoë de papier, « Les voies de l’acteur », Saussan, L’Entretemps, 2004 [1993], p. 89.
 
Dans le champ des arts de la scène, le terme est paradoxalement incontournable : souvent spontanément utilisé par de nombreux praticiens, chercheurs et critiques pour qualifier une réalité sensible que la langue peine à saisir, il est par là même suspecté de n'être qu'un mot-valise désuet et teinté de mysticisme, que l’on gagne donc à exclure des usages. C’est précisément la persistance et la résistance du terme qui nous confronte à l’urgence de l’étudier : en proposant un protocole de recherche à même de confronter visions, vocabulaires et pratiques de l'énergie, il s’agit de rendre au terme sa richesse et son potentiel opératoire pour une pensée des pratiques et processus de création. Travailler à l'étudiabilité de l'énergie consiste donc pour nous à hisser cette notion hors des limbes, hors de la confortable (?) fange que constitue son aura aux atours mystiques, afin de lui rendre un vocabulaire pour la dire, des concepts pour l'étudier, des pratiques pour la travailler.

Organisation et déroulement de l’atelier inaugural
 
Les journées étaient dédiées aux ateliers (en deux séances de trois/quatre heures entrecoupées du déjeuner), suite à quoi avait lieu un temps de pause laissé libre à la méditation, la discussion, la promenade ou la lecture des ouvrages installés dans notre bibliothèque éphémère – quand il n’était pas occupé par le temps de conférence avec François Laplantine ou de discussion avec Yoshi Oïda.
Les soirées étaient quant à elles consacrées à des sessions collaboratives d’environ deux heures. L’objectif des sessions était d’abord de revenir sur le travail de la journée pour laisser affleurer dans l’exercice de la discussion les percepts et affects tissés par la pratique, les confronter, les assembler, dans un réel effort de recherche collective.
Cette organisation des journées était intéressante pour au moins trois raisons : elle permettait un temps d’infusion des pratiques et pensées dans les corps ; elle invitait au partage d’expériences entre participants du fait de la vie en communauté ; et enfin, parce qu’elle invitait à méditer sur la pratique à partir de corps fatigués par les efforts et à pratiquer à partir de corps nourris par les réflexions, elle nous offrait la possibilité d’entremêler pratique et théorie dans une même dynamique de germination de la connaissance.

Vous avez dit recherche-expérimentation ?
 
Ce projet s’inscrit dans une démarche nommée recherche-expérimentation plutôt que recherche-création, en ceci qu’elle n’est pas directement liée à la production d’un objet artistique. Cette recherche se donne pour corpus un ensemble de techniques d’interprétation – des explorations sensibles aux mises en situation de jeu – qu’elle envisage à la manière de modalités de fabrique du corps, des sens et des habiletés ; et l’exploration et la méditation de et à partir de ces pratiques constitue sa principale méthodologie.
« L’invisible en jeu », dans la veine de l’anthropologie écologique – c’est-à-dire incarnée et située – développée par Tim Ingold, fait donc du corps du chercheur-praticien le creuset et l’outil d’une recherche qui ne distinguerait pas « la matérialité des sens » de « l’idéalité du sens », pour reprendre les termes d’un autre anthropologue, François Laplantine.

> Pour être tenu informé des ateliers et conférences qui se dérouleront à Grenoble et sur le campus universitaire en 2017-2018, contactez le Collectif Equinoxe.
> À l’horizon janvier 2018, le site du Collectif Equinoxe abritera une section dédiée au projet « L’invisible en jeu », comprenant notamment un blog et un espace réservé aux ressources poly-graphiques (textes, images, vidéos, dessins) produites ou récoltées au cours du cycle d’ateliers.

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