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Hommage à Patrick Pajon (1955 - 2020)

Mis à jour le 7 juillet 2020

Patrick PajonPatrick Pajon nous a quittés soudainement en cette fin du mois de juin 2020, alors qu’il était dans sa dernière année d’enseignement.

Il aimait enseigner et savait capter l’attention de ses étudiants, étant toujours soucieux de partager son enthousiasme, avec des présentations hautes en couleur, sur les thématiques qui lui tenaient à cœur : sémiologie de l’image, analyse filmique, communication publicitaire et médias numériques. Toujours à l’affût de nouvelles pratiques et fasciné par l’évolution des technologies, Patrick savait encourager ses étudiants et les jeunes chercheurs qu’il côtoyait à oser s’aventurer dans des voies nouvelles : comme il le disait souvent lui-même, il aimait les gens ‘in’ et ‘open’ !

Il avait été nommé en 1987 Maître de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’université Stendhal, au sein de laquelle il a assumé de nombreuses fonctions, soucieux en particulier de construire le dialogue entre l’université, le monde industriel et le public. Responsable pédagogique de 1993 à 2004 du Diplôme de Hautes Études Technologiques en Ingénierie Multimédia, réunissant les universités Stendhal, Pierre Mendès-France et l’INPG ainsi que de nombreux professionnels, il a, à la même période, et à la demande de la Région, animé le CINTE-Club d’incitation aux Nouvelles Technologies Éducatives, pour former les enseignants et les personnels. De 2004 à 2010, il a été responsable de la valorisation de la recherche de l'Université Stendhal. Il a participé à la vie de l’incubateur grenoblois GRAIN (Grenoble Alpes Innovation) et a été amené à rejoindre le comité directeur du Minatec Ideas Lab. Membre du conseil d’administration de l’Atelier Arts-Sciences (Hexagone / CEA), il a aussi été responsable de projets au niveau régional dans le cluster 14 ERSTU (Enjeux et Représentations de la Science, de la Technologie et de leurs Usages), avec Philippe Walter (Directeur du CRI), sur le thème des « Imaginaires et représentations des sciences et des techniques », étudiant comment la science et les technosciences sont traversées d’images psychiques (au sens de Bachelard) et de visions ou fictions culturelles. Dans le même esprit, il a cofondé en 2010 et codirigé avec Lise Dumasy et Yves Citton la collection pionnière « Savoirs littéraires et imaginaires scientifiques » des Ellug (UGA Éditions).

Adepte de l’interdisciplinarité bien avant qu’elle ne devienne une injonction, Patrick Pajon a toujours été attiré par les expériences croisant des domaines différents et permettant la rencontre entre ingénieurs (sa première formation), chercheurs SHS, industriels et, plus récemment, artistes.

En 2005, il s’est rattaché au CRI (Centre de Recherche sur l’Imaginaire), équipe de l’université Stendhal qui réunissait des enseignants-chercheurs de différentes disciplines autour de la notion d’imaginaire. Il y a développé des travaux sur l’imaginaire des techniques où son approche par la sémiologie a constitué un apport essentiel. Les liens qu’il avait noués dans le cadre de ses activités de valorisation lui ont permis de trouver des financements pour des thèses SHS d’étudiants du CRI sur des thèmes novateurs : convergence NBIC (Stéphanie Chifflet, 2008), imaginaire RFID (Nicolas Schunadel, 2011) ; ainsi que deux thèses CIFRE avec Chanel (Marie-Amélie Vergez, 2011) et Renault (Selma Fortin, 2014).

Au sein du CRI, puis dans l’équipe Imaginaire et Socio-Anthropologie (ISA) de l’UMR Litt&Arts, Patrick Pajon n’a eu de cesse d’approfondir la question centrale du corps saisi par la technique. Il a animé en ce sens deux années de séminaires mensuels, qui ont rencontré un franc succès, sur les « Imaginaires du cerveau » et « L’imaginaire au temps des sciences du cerveau » (EME, 2014 et Iris, n° 36, 2015). Ces dernières années, il a participé au collectif pluridisciplinaire Corps&Prothèses, continuant ainsi sa réflexion sur l’hybridation corps/technologie. À l’automne 2020 paraîtra sa dernière contribution dans l’ouvrage collectif Corps&Prothèses. C’est là qu’il s’interroge sur la notion de prothèse comme « l’un des lieux-frontières d’expérimentation de nouveaux rapports entre corps et monde, l’expérience extrême de nouvelles façons d’habiter ce monde ». Ces questions l’ont aussi amené à développer, avec la notion d’« Umwelt numérique », une réflexion critique sur les relations nouvelles à l’environnement, en particulier la « smart city ». Enfin, depuis 3 ans, Patrick Pajon co-pilotait avec Marie-Agnès Cathiard le projet « Mondes numériques et spectacle vivant », associant l’Hexagone et l’UMR Litt&Arts dans le cadre d’un partenariat Ministère de la Culture / CNRS, et visant à explorer comment les nouveaux mondes numériques s’articulent avec le spectacle vivant, notamment le théâtre.

Jusqu’au bout de sa longue carrière, il n’aura eu de cesse de croiser les approches philosophiques – celles de Gaston Bachelard et de Gilbert Durand et, plus récemment, de Jakob von Uexküll ou d’Augustin Berque –, avec les recherches techniques et scientifiques, pour comprendre comment nous vivons le corps contemporain, qu’il nommait volontiers « un corps super-flux ».

D’un esprit curieux et vif, sa fascination pour les nouvelles technologies était surtout pour lui un terrain constant de réflexion sur les évolutions les plus récentes de la société. Nous gardons de Patrick le souvenir d’un esprit incisif et passionné, qui savait nous aider à penser le monde contemporain, d’un homme très sociable, plein d’humour et d’une grande gentillesse, qui permettait à ceux qui le côtoyaient, étudiants et chercheurs, de se sentir à l’aise et enrichis.
 
Marie-Agnès Cathiard et Isabelle Krzywkowski,
au nom des membres du centre de recherche Imaginaire et Socio-Anthropologie (ISA)
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