Présentation
Suite et fin du projet Litténum porté par B. Shawky-Milcent (IRS 2018-2019)
Dynamiquement mené par Bénédicte Shawky-Milcent, le projet vise à étudier à quelles conditions et dans quelle mesure l’usage en classe d’un support numérique (l’application Glose.fr, application de lecture pour l’école et librairie en ligne) favorise la pratique de la lecture littéraire par les élèves, et leur appropriation des œuvres données à lire et/ou à étudier par le professeur. Le premier axe de recherche qui consistait en une enquête qualitative centrée sur le travail des enseignants s’est poursuivi par une étude de quatre cas avec un suivi longitudinal : observation selon une grille spécifique et enregistrement vidéo de séances ; analyse des gestes professionnels générés par l’utilisation de l’outil (Bucheton, Dezutter, 2008) ; association des enseignants à l’analyse de l’évolution de leurs pratiques. Le second axe du projet, consiste désormais en une enquête qualitative centrée cette fois sur le travail des élèves : recueil et analyse de traces de leur activité (notamment : commentaires écrits dans les marges des livres lus) selon des indicateurs permettant d’évaluer leur implication subjective et la co-construction d’une lecture interprétative par le groupe ; entretiens et questionnaires écrits post-passation. La synthèse des données recueillies poursuit un double objectif : faire un bilan des perspectives et des limites de l’usage didactique et pédagogique de l’application ; concevoir et expérimenter un module de formation aux outils numériques, dans le cadre de l’enseignement-apprentissage de la lecture littéraire. La fin de l’année 2021 verra la publication des résultats et un bilan des expérimentations menées.

LITENET (projet porté par Marie-Sylvie Claude)
Une première approche, descriptive, se propose de présenter un état des lieux des usages des textes et documents numériques employés par les enseignants dans la classe de littérature. Quelles ressources sont à leur disposition : vidéos, capsules (utilisées parfois dans le cadre de la classe inversée), sites de documents d’exploitation pédagogiques financés par les éditeurs, etc.) ? Quel est le référencement scientifique de ces objets mis à disposition ? Quelles transformations, quelles altérations la vulgarisation et la transmodalisation par le numérique entraînent-elles sur les contenus savants ? Quels nouveaux objets de savoir et de lecture savante le média crée-t-il ? Que font les élèves et les enseignants de ces supports numériques ? Quels effets d’influence l’accessibilité nouvelle de ces objets exerce-t-elle sur les enseignants et sur les élèves ? Quels sont leurs usages dans les pratiques ?
La recherche sur la classe inversée (regroupant trois équipes, française, belge et suisse) constitue une seconde approche, dans le cadre du réseau RESEIDA. L’apport de la didactique de la littérature s’inscrit dans une collaboration interdisciplinaire avec les autres didactiques, la sociologie des apprentissages et l’analyse de l’activité, collaboration nécessaire pour interroger ce dispositif complexe, dont se réclament un nombre croissant d’innovateurs et que l’institution promeut. La recherche prévoit l’analyse didactique des supports utilisés, notamment numériques, et des productions écrites des élèves, ainsi que l’observation de séances de classe, notamment des interactions entre les élèves, généralement organisés en groupes de travail. Des entretiens d’autoconfrontation avec les enseignants et les élèves, appuyés sur des captations vidéos ou audio de ces séances, permettent d’accéder aux intentions des enseignants et à ce qu’en comprennent les élèves. Pour ce qui est du point de vue didactique, les premiers résultats tendent à montrer que loin de garantir par lui-même les apprentissages, le dispositif pourrait, dans certaines de ses mises en œuvre, accentuer les inégalités de réussite.
 
L’écriture créative avec le numérique (projet porté par Magali Brunel & Marie-Sylvie Claude)
Ce projet, déjà nourri de plusieurs travaux depuis 3 ans se poursuit et s’enrichit. Il se fonde sur une orientation de la didactique de la littérature qui vise à explorer le numérique comme ressource pour contribuer à la formation du sujet lecteur et scripteur.  Fondée sur la conception d’un enseignement de la littérature liée au rôle central de l’articulation entre lecture et écriture, la recherche envisage,  au moyen du numérique, de nouvelles voies d’exploration de cette relation, qui favorisent l’enseignement des compétences et attitudes littéraires des élèves : l’appui sur les textes, les circulations entre lecture et écriture rendues plus poreuses par l’outil et les formats numériques constituent une voie prometteuse de l’enseignement de la littérature. Cette piste conduit actuellement les recherches du centre Litextra à explorer la mise en œuvre de pratiques de fanfiction dans la classe (Brunel 2017, 2018), à développer des pratiques de lecture et d’écriture collaboratives à partir des textes patrimoniaux (Augé, 2017). Elle s’oriente également vers des pratiques d’écriture créatives développées en lien avec la lecture d’œuvres numériques, dans le prolongement de ce que S. Bouchardon nomme « la dimension heuristique de l’écriture numérique » (2014). Ainsi, un nouvel axe de travail permettra d’étudier les nouvelles écritures créatives scolaires que suscitent les supports et logiciels numériques, ». La sollicitation de la multimodalité, de l’hypertextualité (Saemmer, 2016 ; Lacelle, Boutin et Lebrun, 2017) constituent de nouvelles figures de littérarité que les élèves peuvent explorer dans une perspective créative, tout en prenant également conscience, dans une perspective cette fois socio-critique, des contraintes des formats numériques (Bouchardon, 2014).
 
Le récit de vie et ses lectures scolaires (projet porté par Bénédicte Shawky-Milcent et Jean-François Massol, professeur émérite)
Si les valeurs portées par ce genre sont évidentes et parfois constituées en dehors du récit lui-même lorsqu’il s‘agit des « vies de saint » (M. de Certeau), le genre a gagné en scientificité au cours du XIXe siècle, avec le développement des biographies, qu’elles soient composées par des historiens ou par des écrivains : comment les valeurs apparaissent-elles alors dans ce genre ?  Dans la deuxième partie du XXe siècle, un redoublement de la séparation plus ancienne entre Littérature et Histoire (Barthes, « Littérature et histoire : à propos de Racine », 1960), la dévalorisation de l’auteur (Barthes, « La mort de l’auteur », 1968), la critique sociologique de « L’Illusion biographique » (P. Bourdieu) tendent à réduire le genre à un simple jeu de biographèmes, pendant que les travaux de P. Lejeune mettent en lumière l’autobiographie (Le Pacte autobiographique, 1975). Pourtant, depuis les Vies imaginaires de Marcel Schwob (1896) ou les « biographies minutieuses » à travers lesquelles R. Martin du Gard évoque ses héros de roman (Jean Barois, 1913), la littérature de création s’est emparé du genre dans différentes perspectives : elle peut l’utiliser pour engager des investigations renouvelées sur certains écrivains anciens ou contemporains (de J.-P. Sartre, Baudelaire, 1947 ; Saint Genet comédien et martyr, 1952), évoquer, plutôt que les vies héroïques, les vies les plus modestes (Vies Minuscules de P. Michon, 1984), interroger des expériences humaines extrêmes (L’adversaire d’E. Carrère, 2000), établir des liens avec l’autobiographie (Vies minuscules encore ; D’autres vies que la mienne, d’E. Carrère, 2009 ; Ma vie de saint de F.-X. Delmas, 2018, Les mains de Louis Braille d’Hélène Jousse, 2019), réfléchir au statut de certaines personnalités (Platine de R. Detambel, 2018)... Du côté du roman graphique ou de la bande dessinée, le genre est également très présent avec différentes orientations. Enfin que ce soit sous forme documentaire ou dans des perspectives plus littéraires, que le lectorat visé soit celui des jeunes lecteurs ou des adolescents, le récit de vie est bien attesté aujourd’hui dans la littérature de jeunesse, du côté chrétien comme du côté laïc (collection « Ceux qui ont dit non », aux éditions Actes Sud), dans des perspectives historienne, éthique ou littéraire… Qu’en est-il du côté de l’institution scolaire ? Dans ses programmes, celle-ci reconnaît essentiellement l’autobiographie (en lycée et uniquement pour les classes de 1ère L ), mais pas le récit de vie. Elle a fait un sort au « biographique » dans les programmes de Première de 2000, mais très momentanément. Quelles en sont les raisons ? Par ailleurs, initiées par la directrice de la collection « Ceux qui ont dit non », des expériences diverses ont été menées dans les classes de 4e et 3e : dans ce cas, c’est la dimension éthique qui paraît primer. Cependant l’identification des élèves aux personnages illustres n’exige-t-elle pas la construction d’un regard critique en parallèle ? Et l’actualisation d’une posture découle-t-elle aisément d’un geste ancré dans un moment historique ?
Cette réflexion pourra donner lieu à des propositions d’intervention dans les classes et à des analyses des effets de ces interventions. Une journée d’étude, voire un colloque pourrait mettre en lumière cette recherche.
 
L’enseignant-lecteur-scripteur (projet porté par Bénédicte Shawky-Milcent)
Ce projet consiste à interroger le compagnonnage entre les pratiques de lecture/écriture privées des enseignants et leurs pratiques professionnelles. Dans quelle mesure l’identité littéraire (Rouxel, 2004) de l’enseignant, faite d’un rapport singulier à la lecture et à l’écriture, se conjugue-t-elle à son identité professionnelle ? Dans le prolongement de travaux amorcés sur les liens entre la relation à la lecture et les choix didactiques des enseignants (Simard & Falardeau, 2007, Emery-Bruneau, 2014), ce projet analysera les points de rencontre entre les parcours de lecteurs des enseignants et leurs cheminements professionnels. L’objectif de ce projet est d’aboutir à une meilleure connaissance du métier de professeur de Lettres d’une part, et d’autre part de créer des outils pour la formation, en montrant comment la créativité lectorale peut constituer pour l’enseignant un levier favorisant sa créativité pédagogique.
Ce projet prendra essentiellement appui sur différentes enquêtes et sur une recherche collaborative. La première enquête, en cours de réalisation, interroge un large panel d’enseignants du secondaire sur les interactions entre lectures privées et lectures menées à des fins professionnelles. La seconde enquête portera plus spécifiquement sur l’écriture. On envisage entre autres de réaliser une enquête par questionnaire pour savoir quel est l'impact national des ateliers d'écriture sur les pratiques des enseignants : on partira du fait qu'il y a plusieurs modèles d'ateliers d'écriture, on demandera aux enseignants interrogés si à un moment ou un autre de leur formation ou de leur cursus ils ont participé à un atelier d'écriture, si oui dans quelle perspective et ce qu'ils en ont pensé et ce qu'il en reste dans leurs pratiques d'enseignants.
On confrontera les données recueillies dans les enquêtes relatives aux pratiques déclarées des enseignants à des données sur les pratiques réelles observées dans les classes. 
Par ailleurs une recherche collaborative est menée depuis décembre 2020 avec quinze professeurs de l’Académie de Lyon et de Grenoble sur le « texte du professeur lecteur », sur la manière dont la réception subjective d’un texte littéraire par un enseignant peut dialoguer avec l’analyse que cet enseignant proposera à ses élèves en classe, nourrir celle-ci et peut-être évoluer sous l’effet du débat interprétatif construit avec les élèves.
La thématique de l’enseignant lecteur-scripteur étant celle des 22èmes Rencontres internationales des chercheurs en didactique de la littérature, qui se tiendront à Grenoble en juin 2021, une partie des résultats de ces travaux sera présentée à cette occasion.
 
Suite et fin du projet Litéval (IRS 2018-2019) porté par Nicolas Rouvière
Durant la dernière phase sera dépouillé et analysé le questionnaire d’enquête inter-académique diffusé auprès des enseignants de français, de collège et de lycée, tandis que se poursuit l’ingénierie collaborative pour créer des dispositifs visant l’émergence de gestes de lecture axiologique. Les traces de l’activité des élèves (productions d’écrit, transcriptions des discussions littéraires en classes) sont recueillies et analysées selon une grille des compétences de la lecture axiologique construite dans le précédent quinquennal.  Des vidéos commentées seront mises en ligne sur le site de Canopé.
 
Le questionnement axiologique des textes littéraires (projet porté par Nicolas Rouvière)
Une vaste questionnaire d’enquête lancé en 2019 auprès des professeurs de collège et lycée des académies de Grenoble, Lyon et Créteil sur le questionnement axiologique des textes littéraires fait l’objet d’un dépouillement et d’une analyse pour une présentation des résultats fin 2021. Parallèlement se développe la recherche « Manuels & Valeurs » qui regroupe les membres de sept laboratoires (EDA, IHRIM, LASLAR, LIDILEM, LIRDEF, Litt&Arts, TELEM). Elle porte sur le questionnement des valeurs dans les manuels de français de collège. En effet les programmes de français de 2015 pour les cycles 3 et 4 du collège associent explicitement l’étude de la littérature à la formation de la personne et organisent son enseignement à travers de grandes entrées thématiques universalistes à portée éthique. Parallèlement, le programme d'enseignement moral et civique (EMC), pour l'école et le collège, accorde une place inédite à l'éducation à la sensibilité, ce qui a pour corrélat une attention renouvelée à l'expression artistique des émotions, ainsi qu'aux récits fictionnels pour questionner les valeurs. La question est de savoir si les manuels de français de collège inaugurent une nouvelle période des liens entre l’enseignement de la littérature et la formation de la personne. Au regard de l’histoire et de l’épistémologie des liens entre Littérature, enseignement et morale (Laroque & Raulet-Marcel, 2017 ; Puidoyeux, 2018 ; Rouvière, 2018, 2019), l’hypothèse est que les manuels scolaires de collège aborderaient le fait moral plutôt en termes de perplexité et de questionnement ouvert. Ils porteraient davantage attention à la subjectivité de l’élève comme l’indice d’une perception de valeurs et comme propédeutique au questionnement moral et civique. Ils formeraient également les élèves à l’éthique de la discussion. Après une période oscillant entre l’abstentionnisme et une conception procédurale de la morale articulée à la maîtrise des discours, la morale scolaire dont ils seraient l’expression correspondrait à un substantialisme faible (Prairat, 2016 ; 2019), une morale du juste et non du bien, orientée vers une éducation au pluralisme des valeurs (Leroux, 2016). L’objectif de la recherche est de voir ce qu’il en est dans un corpus de six collections de manuels. Le but plus général est de créer à terme une grille d’analyse axiologique des manuels scolaires qui prenne en compte :
  • L’affichage des liens entre littérature et formation de la personne
  • La contextualisation historique
  • Les genres et thématiques des corpus proposés
  • Les questionnaires de lecture
  • L’articulation lecture-écriture
  • L’apprentissage lexical articulé à la lecture et l’écriture.
Mis à jour le 6 avril 2021