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Au-delà du russocentrisme ? Approches transnationales et comparatistes de la littérature russe

Appel à propositions / Axe 2

Du 9 février 2026 au 20 mars 2026

Ce colloque international, organisé par Nicolas Aude (Sorbonne Université), Victoire Feuillebois (Université de Strasbourg) et Delphine Rumeau (Université Grenoble Alpes), aura lieu à l'Université de Strasbourg les 3 et 4 décembre 2026.

Date limite d’envoi : 20 mars 2026

Le « tournant transnational » des études littéraires n’est pas vraiment une révolution copernicienne dans l’étude de la littérature russe, où il est à l'œuvre depuis au moins une décennie. Cependant, il a été à la fois accentué et déplacé par la guerre à grande échelle en Ukraine, qui a normalisé les regards portés depuis l’étranger sur le canon russe, souvent mis en situation d’accusation ou d’évaluation. La guerre a aussi précipité de nouvelles trajectoires diasporiques et transnationales, qui ont de fait intensifié les contacts des études russes et des universitaires en provenance des espaces russophones avec d’autres cultures académiques, nationales et disciplinaires. Ainsi, la littérature russe se trouve de nouveau placée dans un contexte global, après sa consécration par les capitales littéraires d’Europe occidentale à la fin du XIXe siècle et après que la critique soviétique en a souligné abondamment l’aura et l’influence sur les grandes œuvres du canon mondial et proposé de faire de Moscou la « quatrième Rome » dépositaire de la culture mondiale (K. Clark). 

Pourtant l’intérêt européen pour le « roman russe » ou l’attention accordée à la diffusion des œuvres russophones classiques ou modernes dans le contexte de la « mirovaja literatura » soviétique présupposent souvent que les échanges obéissent au principe d’une force centrifuge émanant de la Russie elle-même et de ses deux capitales historiques (Moscou, Saint-Pétersbourg). On retrouve ici la dynamique des « luttes pour l’universel » analysée par Pierre Bourdieu, ou l’idée de Pascale Casanova qui suppose que la réputation mondiale des œuvres se construit grâce à l’existence de centres actifs de validation de leur valeur, en l’occurrence ici tantôt le Paris de la « querelle du cosmopolitisme » à la fin du XIXe siècle, ou la capitale de l’URSS à partir de 1930. Ce paradigme centrifuge, souvent exceptionnaliste, a longtemps conditionné les pratiques épistémiques au sein des études aréales, celles-ci étant nées dans un contexte géopolitique d’hégémonie occidentale marqué par d’intenses rivalités impériales, mais aussi au sein de la philologie des langues slaves modernes, où la survalorisation de la littérature russe a pu contribuer au déséquilibre de ce champ d’étude intrinsèquement pluriel en entravant la promotion de regards non-russes sur le canon slave est-européen. Ce paradigme a pu enfin influencer le développement des pratiques au sein de la littérature générale et comparée elle-même, qui dans sa variante traditionnelle eurocentrique s’intéresse aux influences des grandes nations littéraires, voisines ou peu distantes les unes des autres, à la fois géographiquement et culturellement. Or, même dans ses avatars les plus contemporains, la littérature comparée reste parfois très russo-centrée dans sa conception des échanges littéraires.

Le contexte le plus contemporain suppose à cet égard une rupture : la zone concernée y apparaît moins sous l’angle de la proximité des grandes nations que sous celui d’une étrangeté soudain, tandis que les appels à renouveler les regards sur la culture russe en favorisant des points de vue alternatifs et décentrés se multiplient. On se propose à cet égard de se concentrer pour ce colloque international sur les approches transnationales et comparatives de la littérature russe, qui mettent l’accent sur la dimension de traversée et parfois de friction présente dans les échanges littéraires, élargissant de fait la focale aux traductions, aux circulations concrètes et aux détours de la communication interculturelle : dans quelle mesure celles-ci permettent-elles de mettre au jour des visions différentes de la zone et de ses interactions avec son envers ou son extérieur ? Qu’est-ce que l’approche transnationale apporte au débat sur le positionnement des études russes post-2022 ? Pour autant, loin de présenter les études transnationales comme la solution aux écueils historiques des études littéraires sur la Russie, ce colloque propose également de réfléchir aux problèmes contemporains que soulève ce paradigme. Dès 2019, Andy Byford, Connor Doak et Stephen Hutchings ont proposé une réflexion poussée sur les présupposés régissant les études russes, aréales et postsoviétiques, non sans expliciter et conscientiser la localisation du point de vue particulier qui est le leur : l’université britannique, et dans une certaine mesure, américaine. Ce perspectivisme n’excluait pas quelques comparaisons ponctuelles avec d’autres traditions ou pratiques. En 2024, les trois co-auteurs sont revenus sur leur ouvrage pionnier dans un article que l’on pourrait qualifier de supplétif (« Decolonizing the Transnational, Transnationalizing the Decolonial: Russian Studies at the Crossroads »), à la fois pour rendre compte de l’actualité de leur paradigme dans le contexte de la guerre à grande échelle en Ukraine, et pour prendre acte de la montée en puissance de la position décoloniale dans les études russes. Il s’agit ici de poursuivre cette actualisation et de construire un dialogue entre plusieurs cultures universitaires, notamment française, puisque ce colloque international se tiendra à Strasbourg.

Les propositions de communication pourront bien sûr être des études de cas, mais on sera attentif à intégrer des aspects réflexifs et théoriques, pour prendre la mesure des renouvellements des approches contemporaines du champ.

Modalités

Les propositions de communication accompagnées d’une bio-bibliographie sont attendues jusqu'au 20 mars à l’adresse artatwar.anratprotonmail.com (artatwar[dot]anr[at]protonmail[dot]com). Les réponses seront envoyées à partir du 20 avril. L’organisation du colloque prend en charge, dans la mesure du possible, les transports et l’hébergement des participant·es. 

Date

Du 9 février 2026 au 20 mars 2026

Contact

artatwar.anratprotonmail.com (Comité d'organisation)

Télécharger

L'appel complet (en français et en anglais)

Publié le 9 février 2026

Mis à jour le 10 février 2026