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Séminaire / Centre CINESTHEA, Pourparlers
Le 7 octobre 2026
Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Dialogue avec Maud Lecacheur (maîtresse de conférences en Littérature française contemporaine, Litt&Arts, UGA) organisé par Claire Allouche, maîtresse de conférences en Études cinématographiques (Litt&Arts, UGA) et Samuel Saint-Pé, docteur en Études cinématographiques (Litt&Arts, UGA)
Série « Écoutes plurielles » proposée par Claire Allouche
Dans son récent ouvrage Libertés d’écoute. Le son, véhicule de la relation, l’ingénieur du son et chercheur Daniel Deshays réfléchit à ce que serait une « écoute collective », autant dans l’appréciation d’œuvres artistiques que de bruissements de notre environnement. Il expose que, par nature, « une écoute n’est pas une lecture continue et linéaire mais une collection d’écoutes assemblées en discontinuité ». Cette nouvelle série du séminaire « Pourparlers » sera l’occasion de travailler ensemble à entendre du mieux que nous pouvons, en privilégiant les échos à l’unisson. Pour cela, nous porterons notre attention sur des œuvres contemporaines (cinématographiques, littéraires, sonores…) qui mettent nos ouïes à l’épreuve. En dialoguant chaque fois avec un·e spécialiste d’une discipline et/ou un·e artiste, nous questionnerons ce qu’une écoute active et consciente peut produire de formes esthétiques originales, mais aussi ce qu’elle engage de transformation de nos dispositions de réception. En ce sens, chaque séance donnera lieu à un moment d’écoute commune d’une œuvre singulière, selon une modalité particulière.
Épisode 3 de la série
Livrer les voix collectées : la littérature de l’écoute selon Maud Lecacheur
« Inventer de nouvelles formes de littérature documentaire, c’est partir à la rencontre de Shéhérazade au pays de la non-fiction » propose Maud Lecacheur en introduction de son ouvrage Une littérature de l’écoute. Collectes de voix de Georges Perec à Olivia Rosenthal. Dans sa recherche, elle s’intéresse aux démarches d’écrivains qui s’inscrivent « à la lisière du reportage et de la littérature » (Svetlana Alexievitch, Jean-Paul Goux, Jean Hatzfeld, Arno Bertina, Sophie Divry, Olivia Rosenthal, Claire Richard, entre autres). Ces œuvres rappellent le journalisme par « l’exigence du terrain, la collecte des matériaux et le souci documentaire », tout en s’inscrivant pleinement dans le champ littéraire par la revendication de « la puissance de la transfiguration dans le travail de transcription de montage des voix ».
Comment se distingue le travail littéraire de ces « écrivains de l’oreille » (pour reprendre la belle formule de Svetlana Alexievitch) ? Comment se manifeste leur écoute pour provoquer ces paroles et comment orienter ces dernières vers la musicalité propre à un texte ? Par-delà cette « passion de la voix » qui s’inscrit dans une tradition littéraire « phonocentrée », qu’est-ce que ces méthodes d’écriture rendent possible d’audibilité de récits inédits ?
Maud Lecacheur précise que « passer de l’oral à l’écrit, c’est basculer d’un médium à un autre : la transcription brute révèle la difficulté de rendre compte de la cohérence de l’échange oral. […] La “reprise” n’est pas reproduction, mais “interprétation” et “déformation” : transcrire la parole invite à opérer une série de déplacements et de transformations ». En quoi l’écoute des écrivains résonne-t-elle dans les textes qu’ils publient in fine sous leurs noms ? Est-ce que les enquêtés ont leur mot à dire sur la manière dont leurs mots sont édités ? Comment interpréter la mise en scène de plusieurs écrivains dans la réalisation de ces collectes ? Faut-il se rendre visible pour aider les paroles à devenir lisibles selon un processus éthique ?
Maud Lecacheur répondra à ces questions (et à d’autres !) à partir du commentaire d’extraits choisis, en portant son attention sur l’articulation intrinsèque entre une pratique de l’enquête par des écrivains et la forme littéraire qui résulte de cette expérience.
Maud Lecacheur est maîtresse de conférences en Littérature contemporaine à l’Université Grenoble Alpes au sein de l’UMR Litt&Arts depuis 2023. Elle est l’autrice d’Une littérature de l’écoute : collectes de voix de Georges Perec à Olivia Rosenthal (Presses universitaires de Saint-Étienne, 2024). Ses travaux portent notamment sur les enjeux esthétiques, éthiques et politiques des littératures documentaires, les formes de la parole déléguée, et l’usage des témoignages. Elle a co-dirigé en 2024 le dossier « Voix sur les ondes : enquêtes orales et témoignages dans le reportage radiophonique » (Komodo 21) et récemment publié un volume collectif sur l’œuvre d’Hélène Gaudy, qui enquête à la lisière du documentaire sur des lieux énigmatiques ou voués à disparaître (Hélène Gaudy, le lieu, l’image et la trace, La Revue des lettres modernes, « Écritures contemporaines », n° 18, 2025). Elle continue de s’intéresser aux modes de présence des écrivains dans la société et les modes d’articulation entre recueils de paroles et dispositifs de prise d’écriture, en travaillant actuellement sur les ateliers d’écriture, à la fois dans leur versant institutionnel (via la présence des écrivains à l’université) ou plus associatif et militant (par exemple avec le collectif féministe grenoblois des « Femmes Truc » fondé par Louise Bataillon).
Date
17h30 - 19h30
Localisation
Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Maison de la Création et de l'Innovation (MaCI)
Salle de cinéma - Sonimage (2e étage)
339 av. Centrale
Contact
fabienne.costa
univ-grenoble-alpes.fr (Fabienne Costa)
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