- Imprimer
- Partager
- Partager sur Facebook
- Partager sur LinkedIn
Axe 1, Editer les écrits de soi, Programme 2 Manuscrits, génétique et éditions de textes, Recherche
Le destin éditorial des écrits de soi prémodernes est paradoxal à plus d’un titre. Leurs destinataires originels et leur mode de transmission impliquent des communautés relativement stables sur la longue durée qui ont assuré la conservation d’un grand nombre de manuscrits, le graal des éditeurs. Or, en dépit de cette situation exceptionnelle aux siècles classiques, peu de textes ont été si profondément et si continûment transformés par les processus éditoriaux. Rebaptisés, découpés, réagencés, « corrigés » et réécrits, ils ont fait l’objet d’appropriations variées à l’occasion de leur « mise en livre ». Ils n’ont cessé d’être travaillés éditorialement par des visées idéologiques, épistémiques et esthétiques, y compris, au XIXe siècle notamment, par la volonté de créer un canon littéraire et un corpus mémoriel pour la nation. Ainsi, même en présence d’autographes ou d’allographes autorisés, ces objets nous parviennent en partie transformés par des entreprises éditoriales dont nous dépendons encore largement et dont il convient d’interroger les méthodes de travail et les présupposés.
Les éditeurs qui rouvrent ces chantiers aujourd’hui sont confrontés à des difficultés nouvelles. Elles découlent notamment d’une meilleure appréhension de l’auctorialité et de l’écriture complexes de ces objets, qui engagent souvent une multiplicité d’agents sur une longue période. Comment présenter ce travail de l’écriture sans sacrifier la lisibilité des textes ? Les contraintes éditoriales imposent également de composer avec le problème du volume de ces œuvres, elles-mêmes souvent tentaculaires et charriant parfois une vaste archive (de « pièces justificatives », par exemple). Que doit-on et que peut-on éditer aujourd’hui des écrits de soi, sous quelles formes, pour quels publics, pour quels usages ? En outre, répondant à des déterminations variées et mêlant diverses configurations discursives, les écrits de soi mettent à mal les découpages génériques et la compartimentation des lectorats sur lesquels reposent habituellement nos approches éditoriales. Faut-il extraire de nos objets des morceaux choisis qui nous paraîtraient « littéraires » ? Doit-on rejeter en annexe, voire rejeter tout court, les documents judiciaires, les traités politiques, les comptes de campagnes militaires, au motif qu’ils nous sembleraient relever de régimes discursifs étrangers ? Comment donner à lire ces écrits protéiformes dans un texte « intégral » ? Comment « établir » le texte sans reconduire les biais idéologiques, épistémiques ou esthétiques propres aux éditions des siècles passés ?
Notre réflexion collective cherchera à éclairer les enjeux théoriques et les questions méthodologiques associés à l’édition des écrits de soi prémodernes, hier et aujourd’hui. En variant les échelles, à travers des études monographiques ou comparatistes, on abordera la question de l’énonciation et des formats éditoriaux, y compris pour l’édition électronique (principes d’établissement, normes de présentation, découpage, annotation, états et variantes du texte). On s’intéressera à la question de la lisibilité des œuvres, indissociable de celle des publics et des usages visés (notamment à travers le choix des maisons d’édition, des collections, des supports). On étudiera enfin le rôle de l’histoire éditoriale des textes dans la constitution et la valorisation du canon des écrits personnels, mais aussi dans les appropriations (disciplinaires notamment) de nos objets et dans la promotion d’approches critiques (histoire du sujet, par exemple), pour lesquelles la part déterminante des pratiques éditoriales dans la fabrication des textes reste souvent un impensé. Destiné à préparer une journée d’étude, le séminaire fera intervenir des chercheuses et des chercheurs engagés dans des chantiers d’édition récents ou en cours.
En pratique
Un lien pour participer au séminaire en visioconférence sera communiqué sur demande à jean-christophe.igalens
univ-grenoble-alpes.fr (Jean-Christophe Igalens).
Séances 2026
* 21 mai, 16h00 - 18h00, séance hybride Bibliothèque du CELLF 19-21 (esc. I, 2e étage) / Zoom
Présentation du projet « Éditer les écrits de soi »
Alicia Viaud (Université de Montréal, en visio) et Florence Brassard (Sorbonne Nouvelle – Université de Montréal), « Éditer les Mémoires d’Henri de Mesmes : du “brouillon” autographe à sa représentation numérique »
* 11 juin, 16h00 - 18h00, séance hybride Bibliothèque du CELLF 19-21 (esc. I, 2e étage) / Zoom
Nadine Kuperty-Tsur (Tel Aviv University, en visio), « Témoigner pour convaincre : l'exemplaire dans les Mémoires de Charlotte Duplessis-Mornay »
Yohann Deguin (Université de Rouen), « Une mémoire en mille morceaux : qu'éditer quand on édite Bussy-Rabutin (1696-2026) ? »
Le programme des séances de l’automne est en construction, avec la participation entre autres de Mathilde Bernard, Agnès Cousson, Cyril Frances, Marc Hersant, Jean-Christophe Igalens, Paul Kompanietz, Erik Leborgne.
Ce séminaire de recherche hybride est organisé par Delphine Amstutz (Sorbonne Université, CELLF), Agnès Cousson (Université Grenoble Alpes, Litt&Arts), Jean-Christophe Igalens (Université Grenoble Alpes, Litt&Arts), Alexandre Tarrête (Sorbonne Université, CELLF) et Bruno Tribout (Université d’Aberdeen).
Contacts
agnes.cousson
univ-grenoble-alpes.fr (Agnès Cousson)
jean-christophe.igalens
univ-grenoble-alpes.fr (Jean-Christophe Igalens)
En savoir +
- Imprimer
- Partager
- Partager sur Facebook
- Partager sur LinkedIn