Transformer les objets périssables inspirés de l’histoire en données pérennisables et exploitables pour les chercheurs dans des domaines aussi variés que l’histoire, l’anthropologie culturelle et la sociologie de la consommation est le but du projet ARAROEM.
La relation que nos sociétés entretiennent avec leur passé, leur présent et leur avenir a connu récemment des mutations majeures. Le présentisme, nouveau régime d’historicité dominant depuis la fin du XXe siècle, a changé le rôle du passé, qui de modèle d’inspiration, est devenu une expérience appropriable par tou·tes. Ces nouvelles pratiques mémorielles se concrétisent avant tout dans des objets permettant de consommer l’histoire : artefacts à l’ancienne vendus lors des fêtes médiévales ; produits évoquant des icônes (les « macarons Marie-Antoinette ») ; bandes dessinées ; goodies (des figurines aux ustensiles de cuisine) dans les boutiques des sites culturels.

Développé d’abord dans les pays anglo-saxons, le marché du passé à consommer est en pleine expansion dans les pays francophones. Cette marchandisation fait depuis peu l’objet de recherches interdisciplinaires réunissant anthropologues et historiens, mais elle pose un réel problème qui n’a guère été étudié jusqu’ici : la plupart de ces produits sont destinés à une consommation ponctuelle. Non seulement ils incarnent le paradoxe des usages quotidiens que nous faisons de passés souvent très éloignés de nous, mais plus encore, ils posent concrètement la question de leur durabilité et, une fois leur cycle d’usage terminé, de leur réutilisation à des fins d’étude.

Transformer les objets périssables inspirés de l’histoire en données pérennisables et exploitables pour les chercheurs dans des domaines aussi variés que l’histoire, l’anthropologie culturelle et la sociologie de la consommation est le but du projet ARAROEM (Archives Rhône-Alpes Romandie des objets éphémères médiévalisants). En pratique, il s’agit d’unir les compétences méthodologiques et technologiques propres aux universités de Lausanne et Grenoble Alpes afin d’élaborer de nouveaux prototypes d’archivage numérique adaptés à ces produits.

Le travail exploratoire s’appuie sur le type précis de consommables historiques dont les équipes grenobloises et lausannoises sont spécialistes : l’objet éphémère médiévalisant (OEM). Des souvenirs des boutiques de la Grande Chartreuse ou du château de Chillon, aux produits vendus sur les marchés des Médiévales à Vienne, Grandson et Aigle, en passant par les créations originales d’artisans et d’artistes, les objets éphémères inspirés par le Moyen Âge sont aujourd’hui le plus florissant des marchés historiques grâce à l’engouement mondial pour les divertissements inspirés par le passé médiéval (livres jeunesse, BD, jeux vidéo comme Assassin’s Creed, séries comme Games of Thrones). Leur consommation est particulièrement forte en Rhône-Alpes et Romandie, régions qui partagent une riche mémoire historique, à la fois commune (principautés alliées au Moyen Âge) et différente (appartenance actuelle à la France et la Suisse). La collecte et l’archivage numérique des OEM produits, consommés et en RAR entre 2000 et 2020 permettra de lancer une recherche interdisciplinaire jamais tentée jusqu’ici sur les convergences et les divergences des formes de consommation patrimoniale qui contribuent depuis le début du siècle à donner au sillon alpin son identité et sa diversité culturelle.

Collaborations
  • L’équipe de l'UNIL : Estelle Doudet, Pr ordinaire en français et spécialiste des usages du temps au Moyen Âge ; Alain Corbellari (UNIL-UNINE), Pr et principal spécialiste suisse de la musique et de la bande dessinée médiévalisante ; Hélène Cordier, Doctorante en modernités médiévales et Barbara Wahlen, Dr spécialiste des livres médiévaux pour les jeunes publics.
  • L’équipe de l'Université Grenoble Alpes : Filippo Fonio (ISA – Litt&Arts), Pr italianiste et comparatiste, spécialiste de la fortune du Moyen Âge dans la culture populaire ; Fleur Vigneron, MCF HDR, francisante et spécialiste de l’écologie médiévalisante ; Sylvie Martin-Mercier (ILCEA4), MCF italianiste travaillant sur la bande dessinée et Chiara Zambelli (LUHCIE), Doctorante en histoire culturelle.
Mis à jour le 1 avril 2021