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Soutenance de thèse de Camille Zimmermann – Lettres et arts spécialité Arts du spectacle

Soutenance / Centre CINESTHEA

Le 6 octobre 2026

Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire

Reconnaître la corporéité critique et la charge kinesthésique : recherches-actions sur l’agentivité épistémique incarnée des étudiant·es

Résumé

Cette recherche s’intéresse à l’aspect incarné de l'agentivité épistémique, autrement dit la capacité à produire, utiliser et transmettre du savoir. Depuis l’ouvrage de Miranda Fricker (2007), la restriction de cette agentivité épistémique en raison de préjudice identitaire est définie comme une injustice épistémique.

Nous étudions ici le concept d’agentivité épistémique incarnée pour comprendre et intervenir sur des mécanismes implicites d’injustices épistémiques présents dans l’enseignement universitaire. Il s’agit donc d’une recherche interdisciplinaire, avec, d’une part, le concept d’agentivité incarnée issu des recherches en arts de la scène, défini comme la capacité à agir à partir d’un répertoire de mouvements (Formis 2009 ; Noland 2009 ; Ravn 2020) ; et, d’autre part, l’aspect épistémique de ce concept d’agentivité, tel qu’il est formulé dans les recherches sur les injustices épistémiques en philosophie (Catala 2020, 2025 ; Shotwell 2011 ; Fricker 2007). Nous nous intéressons spécifiquement à la participation incarnée des étudiant·es dans la salle de classe. Pour bell hooks (1994), cette participation est peu considérée et cela est problématique sur les plans éthiques et politiques, puisque ce manque de considération obscurcit les mécanismes d’oppression présents dans la salle de classe. Le devoir de « performer » un corps calme ou docile pour l’étudiant·e, par exemple, est un mécanisme de disciplinarisation et de contrôle sur son corps (Profillet et al. 2019 ; Vigarello 1978). Dans la salle de classe, les expressions corporelles doivent donc être minimes, une exigence qui apparaît impartiale envers tous les étudiant·es, mais qui ne l’est pas.

Deux problèmes apparaissent alors : (1) la norme de neutralité résulte d’une performance sociale (un corps calme et docile) nécessitant un effort inégal de contrôle sur soi selon les codes sociaux déjà appris et incarnés par les étudiant·es (hooks 1994) ; et (2) cette norme restreint l’attention portée envers ce qui est vécu par le corps (puisque celui-ci doit être contrôlé et silencieux), là où cette attention serait justement utile pour analyser des mécanismes tacites d’oppression, comme le processus de disciplinarisation des corps. Ces deux problèmes sont des conséquences de ce que bell hooks nomme le « mythe de la neutralité » fondé sur la croyance selon laquelle la salle de classe est un espace neutre, ou a-politique. Ce mythe invisibilise ainsi les asymétries dans l’apprentissage implicite du corps discipliné et silencieux, et perpétue des rapports de pouvoir dans la salle de classe (Sforzini 2014 ; Foucault 1993). C’est pourquoi, dans sa pédagogie progressiste, hooks réintègre les vécus corporels, afin de déconstruire ce mythe.

À la suite des recherches de hooks (1994), notre hypothèse générale soutient qu'une meilleure compréhension de la participation corporelle par l'étudiant·e lui donnerait les moyens de modifier cette participation et d'élucider les rapports de pouvoir qui l'entrave. À cet effet, une recherche-action a déjà été réalisée en février 2024 avec des étudiant·es de la Faculté des sciences humaines (UQAM). Elle a de nouveau été effectuée entre février et mai 2025 à l’Université de Montpellier 3, puis à l’Université Côte d’Azur en mai 2025. Cette recherche nous semble déterminante pour inclure l’avis des étudiant·es dans la réflexion d’une pédagogie incarnée qui leur est destinée. Nous y explorerons comment développer leur agentivité épistémique incarnée afin de se réapproprier leur participation du corps dans l’expérience d’apprentissage.

Composition du jury

  • Gretchen SCHILLER, Professeure, Université Grenoble Alpes, Directrice de thèse
  • Amandine CATALA, Professeure, Université du Québec à Montréal, Co-directrice de thèse
  • Alexandra ARNAUD-BESTIEU, Maîtresse de conférences HDR, Aix-Marseille Université, Rapporteure
  • Hourya BENTOUHAMI, Professeure, Université Toulouse - Jean Jaurès, Rapporteure
  • Luc FAUCHER, Ingénieur docteur, Université du Québec à Montréal, Examinateur
  • Vanina MOZZICONACCI, Maîtresse de conférences, Université de Montpellier Paul-Valéry, Examinatrice

Date

Le 6 octobre 2026
Complément date

14h30

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire

Complément lieu

Maison de la Création et de l'Innovation (MaCI)
Salle C5 - Live Arts Lab
339 av. Centrale

Directrice de thèse

Gretchen SCHILLER
Litt&Arts, centre CINESTHEA

Thèse en co-tutelle avec l'Université du Québec à Montréal

Publié le 23 septembre 2026

Mis à jour le 23 septembre 2026