Le projet « Archives plurielles de la scène » vise à inventorier, collecter et rendre accessible de la documentation inédite ou difficile d’accès sur les processus de création scénique à l’époque contemporaine.
Les spectacles sont, par définition, des œuvres éphémères et plus largement des expériences qui ne persistent que par le biais de vestiges indirects et fragmentaires, y compris lorsqu’ils sont bien documentés (« dans la photo, il manque l’expérience du temps, dans la vidéo celle de l’espace », résume Georges Banu, in Mémoire en éveil. Archives en création, Amiel & Farcy, 2006). Il s’agit donc tout autant de consolider nos connaissances sur des mises en scène passées par le biais d’enquêtes historiques que de pratiquer une archéologie du présent, en documentant en temps réel des expériences de création, de diffusion et de réception – et tout particulièrement les nombreux ateliers, workshop et résidences se déroulant dans les murs de la MaCI.
 
Avec la livraison en 2019 de la salle « Archives de la création » (programme OPSIS de la MaCI), le projet entamé lors du quinquennal précédent est entré dans une deuxième phase, grâce à l’accès à des espaces de stockage qui permettent de collecter, non plus seulement des données et des ressources numériques, mais aussi des traces concrètes et sensibles : archives de compagnies, suivis de création de spectacles, témoignages, collections de programmes et affiches, etc. Pour documenter l’histoire matérielle des spectacles ainsi que les enjeux socio-esthétiques qui président à leur conception, on s’intéresse à des matériaux « proprement » artistiques (croquis de décors et costumes, captations et/ou suivis de répétitions, iconographie des spectacles, entretiens avec les artistes), mais en veillant à porter une attention particulière au recueil et à l’exploitation de sources parfois considérées comme « pauvres » (telles que les fiches techniques, dossiers de subvention, contrats d’acteurs, témoignages des équipes techniques et administratives, mémoires de spectateurs, etc.). Un travail de sensibilisation des artistes et chercheurs sera aussi mené, afin de les encourager au dépôt de leurs archives, et de les accompagner dans la transformation de leurs documents de travail en sources que d’autres pourraient exploiter.

Les chercheurs impliqués dans le projet travaillent à enrichir les fonds de la salle Archives de la Création de manière complémentaire et coordonnée : si les domaines couverts sont volontairement diversifiés, la réflexion sur les méthodes d’investigations est partagée, notamment grâce des moments de rencontre et de formation croisées (ex : séminaire Mémoires Plurielles de la Scène, conférences de la MaCI, séminaires du PerfLab, etc.). Périodiquement, des terrains communs sont prévus, de manière à croiser les expertises et enrichir les perspectives.

Chantier 1 — Archives de la décentralisation théâtrale à Grenoble et en Isère (Alice Folco)

Lors du quinquennal précédent, l’inventaire et l’analyse de fonds patrimoniaux inédits ou inexploités se trouvant à la BnF, à la MC2, aux Archives Municipales de Grenoble et Lyon, aux Archives Départementales de l’Isère et au Musée Dauphinois, en mettant au jour la complexité des entrelacements entre enjeux locaux et nationaux, ont démontré tout l’intérêt qu’il y a à traiter les enjeux historiques, mémoriels et archivistiques depuis un territoire donné et dans une perspective nationale et internationale, afin d’échapper aux écueils souvent associés au régionalisme. Les travaux de recensement déjà engagés ont aussi montré qu’il reste de nombreux corpus sur lesquels investiguer, tant pour retrouver des archives publiques ou privées souvent éparpillées que pour susciter de nouveaux témoignages, et pour contribuer à documenter tout un pan de la vie théâtrale qui s’efface à vitesse accélérée. Certains corpus sont à compléter : Comédiens Routiers à Uriage (1939-1942), Comédiens de Grenoble (Jean Dasté 1945-47), Comédie des Alpes (1960-1975), Maison de la Culture (1945- à nos jours) ; et d’autres chantiers sont à ouvrir : Centre Dramatique National des Alpes (1975-2013) ; Théâtre Municipal ; Hexagone de Meylan, etc. 
Ce chantier a déjà donné lieu à la publication d’un dossier consacré à la Maison de la Culture de Grenoble dans la Revue d’Histoire du Théâtre ainsi qu’à une exposition virtuelle sur le site de la Société d’Histoire du Théâtre. A l’automne 2021, une Journée d’Etudes « Comédie des Alpes : archives et mémoires », organisée par Alice Folco & Aude Fourel, est prévue à la MaCI.

Chantier 2 — Archives de la ligue professionnelle d’improvisation de l’Isère (Lig1pro38) et des ligues d’improvisation rhône-alpines (Pauline Bouchet)

L’improvisation théâtrale, pratique considérée comme mineure, notamment dans ses formes d’improvisation pure (le match d’improvisation, le catch d’improvisation, le cabaret d’improvisation et autres formats) mérite d’être enfin analysée sur un territoire rhône-alpin qui concentre le plus grand nombre de ligues d’improvisation, en dehors de l’Île-de-France. Ce projet vise donc à écrire l’histoire de l’improvisation rhône-alpine, notamment en reconstituant l’histoire d’une des plus anciennes ligues professionnelles de France, celle de Grenoble, la Lig1pro38, née d’abord dans la Drôme sous l’impulsion d’improvisateurs comme Luisa Gaillard et Alain Fert. Plusieurs étapes de travail sont envisagées : numérisation de photographies, mise à jour de documents autour de la professionnalisation de l’improvisation théâtrale, réalisation d’interviews avec des improvisateurs professionnels, réalisation d’un site sur l’histoire de l’improvisation théâtrale rhône-alpine, contribution à une exposition itinérante autour d’une frise chronologique de l’improvisation en France, qui sera conçue lors d’Improsia, le grand congrès de l’improvisation qui aura lieu à Tours fin octobre 2019 et dont l’édition 2021 (il se réunit tous les deux ans) pourrait prendre place à Grenoble. En parallèle, il s’agira de créer un centre de recherche interuniversitaire, l’Association Transciplinaire de Recherche en Improvisation (ATRI) avec notamment le maître de conférences en neuro-psychologie de l’Université de Picardie-Jules Verne, Mathieu Hainselin, et en lien avec la Fondation Culture et Diversité soutenue par le Ministère de la Culture.

Chantier 3 — Mémoires contemporaines des compagnies théâtrales : la compagnie tf2_Jean-François Peyret (Julie Valero)

De 2015 à 2018, Julie Valero a réalisé un premier inventaire de l’ensemble des archives physiques et numériques de l’auteur et metteur en scène Jean-François Peyret, de 1982 à 2005. Ce premier inventaire donnera lieu, au printemps 2021, à un dossier thématique de la Revue d’Histoire du théâtre, autour de l’œuvre de cet homme de théâtre singulier. Sa numérisation partielle le rend accessible, sous conditions, à tout·e chercheur·e souhaitant engager des travaux sur cette œuvre théâtrale de la fin du XXe siècle.
Si le fonds a dévoilé des documents de nature très diverses (partitions scéniques, journaux personnels, notes de répétitions, coupures de presse, photographies de répétitions, correspondance personnelle, etc.), il a encore beaucoup à révéler : de très nombreuses heures de répétitions ont été filmées sur des supports divers, depuis les années 90 et n’ont pas encore été explorées. Elles pourront faire l’objet d’une valorisation ultérieure.

Chantier 4 — Création du cirque et des arts de la rue : traces, mémoires et histoire (Marion Guyez)

Il s’agit de documenter les pratiques de création actuelle dans le champ du cirque et des arts de la rue, auxquels encore peu de recherches sont consacrées, en tenant compte à la fois de l’expérience des artistes, de l’évolution des politiques culturelles qui ont contribué à leur légitimation comme arts de création depuis le début des années 2000, sans négliger une approche historique précieuse tant elle fait encore défaut (étude de corpus existants et constitution d’archives). La question des traces, de l’écriture, du répertoire et de la mémoire des spectacles du cirque et des arts de la rue seront abordées en privilégiant l’étude du mélange des arts dans ces créations souvent hétérogènes ainsi que celle des spécificités des dramaturgies du corps et de l’espace dans les créations acrobatiques et in situ.

Chantier 5 — Documenter les pratiques professionnelles au présent (Séverine Ruset)

L’objectif est d’enrichir les connaissances sur les pratiques professionnelles du spectacle vivant, en collectant des archives et en produisant des données (suivis de création, synthèses statistiques, témoignages individuels par questionnaires et entretiens filmés) sur les professionnels du spectacle vivant. Des enquêtes quantitatives et qualitatives sont régulièrement menées, et des tables rondes organisées, autour des pratiques développées par les artistes, techniciens et administratifs du secteur, dans le but de documenter leurs profils, leurs activités et leurs positions dans les chaînes de coopération qui fondent l’économie du spectacle, mais aussi la perception qu’ils en ont.
 

Financeur

SFR Création (programme OPSIS)

Partenaires

Ministère de la Culture

Institutions culturelles

MC2, Scène nationale de Grenoble Hexagone Scène-Nationale Arts-Sciences de Meylan, CCN2-Centre chorégraphique national de Grenoble, CDCN Le Pacifique, Comédie de Valence, Centre Dramatique National Drôme-Ardèche, IMEC, Centre National des Arts du Cirque, École supérieure des arts du cirque de Toulouse, La Grainerie, fabrique des arts du cirque et de l’itinérance (Occitanie), Musée Dauphinois, TMG-Théâtre municipal de Grenoble.
 

À l'UGA

SFR Création, ELAN, ILCEA 4 
 
Mis à jour le 2 avril 2021