Cette recherche fait d’un genre scolaire emblématique de la discipline, le commentaire littéraire au sens large (Daunay, 2004), un révélateur pour étudier le cursus de la formation littéraire du collège à l’université.
L’enseignement de la littérature et de la lecture littéraire (Dufays, 2016) est analysable comme une configuration de plus en plus complexe d’éléments divers, dans un contexte général de complexification curriculaire (Jacquet-Francillon & Kambouchner, 2005). Au lycée, aux côtés des exercices d’entrainement au commentaire du baccalauréat, qui valorisent un rapport distancié au texte, sont prévues d’autres activités d’écriture de la réception (Fourtanier & Le Goff, 2017), métatextuelles mais aussi hypertextuelles, mobilisant tout à la fois raison et imaginaire, affectivité et sensibilité (Shawky Milcent, 2014). L’institutionnalisation, en cours dans le programme du collège, du paradigme didactique du sujet lecteur (Rouxel & Langlade, 2004 ; Mazauric & al 2011 ; Massol & Ranou, 2017) donne une place croissante à ces activités, où elles voisinent avec des exercices qui se veulent plus directement propédeutiques au lycée. En licence et jusqu’aux concours d’enseignement, ce sont d’autres formes encore de commentaire, très diverses, qui sont enseignées aux étudiants, en lien avec l’étude des travaux de la critique littéraire et de la stylistique. De surcroît, des activités de commentaire portant sur d’autres arts, notamment visuels (Claude, 2015, 2017, 2018 ; Rouvière, 2017), prennent une place croissante dans les programmes et maquettes des enseignements littéraires, du collège à l’université.
L’articulation réfléchie de toutes ces activités serait sans doute propre à favoriser une réception riche et complexe de la littérature et des autres arts. Cependant, cet ensemble composite, aux assises théoriques peu explicitées, est selon nous diversement compris par les différents acteurs, engendrant des malentendus pour les élèves et les étudiants, notamment ceux qui sont les moins familiers de la culture scolaire ou universitaire (Bautier & Rayou, 2013). Pourrait se produire un décalage, plus ou moins ample selon les contextes sociaux, entre la prescription et ce qui est réellement enseigné d’une part, ce qui est réellement appris d’autre part (Forquin, 2008).
C’est pourquoi cette recherche s’attache à mettre au clair, au moyen d’entretiens étudiés selon une méthode de comparaison continue (Glaser & Strauss, 2010), les conceptions des différents acteurs, dans des contextes scolaires et universitaires contrastés :  lycéens, étudiants, IPR, enseignants du secondaire et du supérieur. Elle cherche à savoir comment les uns et les autres appréhendent et organisent cette configuration disciplinaire complexe (Reuter) et quelles articulations et progressivité ils voient entre les diverses activités proposées. Il s’agit de comprendre dans quelle mesure ces différents acteurs parviennent à construire du commun.
Ce projet a été financé par l’IDEX Université Grenoble Alpes dans le cadre du dispositif « Initiatives de recherche stratégique ». Il a donné lieu à deux journées d’étude (janvier 2020 et décembre 2020) réunissant des chercheurs de l’UGA et d’autres universités.
Mis à jour le 19 avril 2021