Présentation
Les travaux de l’axe 2 portent sur la traduction, la transmission et la réception des textes littéraires de l’Antiquité à nos jours. Il rassemble des projets menés par des chercheurs et chercheuses ayant pour point commun de travailler à et s’interroger sur la transmission des textes. Les diverses formes que peut prendre cette transmission des textes littéraires, étroitement liée à leur interprétation, constituent un champ d’investigation à part entière : pratiques d’édition, études de réception, des transferts culturels, des contacts inter-linguistiques, des didactiques du texte littéraire, des traductions, des adaptations. Au-delà, les membres de l’axe 2 s’attachent à diffuser les textes littéraires auprès de publics variés, dans différents contextes, avec des méthodologies diverses, englobant aussi bien les outils numériques que les recherches-créations.
Les projets réunis dans l’axe témoignent de la volonté de prendre en compte la pertinence des approches historiques tout en dépassant les cloisonnements séculaires, afin de faire collaborer, autour de certains objets et méthodologies transversales, des spécialistes de différentes aires linguistiques, géographiques ou culturelles et de différentes époques, depuis l’Antiquité jusqu’à l’extrême contemporain.
Les trois programmes que propose l’axe 2 rassemblent chacun des projets portés par des chercheurs et chercheuses de spécialités disciplinaires variées. Parallèlement et au-delà de ces programmes, l’axe s’attache à faire émerger des méthodologies et objets transversaux autour desquels les chercheurs et chercheuses sont appelé·e·s à collaborer. L’objectif est de susciter et favoriser un partage de pratiques, de savoirs-faires et de contenus entre chercheurs et chercheuses travaillant dans différentes spécialités.
 

Projets de recherche

Traductions d’Homère en Europe à la Renaissance
La première édition des poèmes homériques à la fin du XVe siècle (Florence, 1488) entraîne une multiplication des traductions, d'abord en latin puis en français, en italien, en espagnol. Longtemps méprisées pour diverses raisons – leurs auteurs connaissaient mal le grec, elles contiennent de nombreuses digressions et omissions, leur diffusion fut limitée – elles proposent pourtant des lectures particulières de l'Iliade et de l'Odyssée, adaptées à des publics variés, aristocratiques, érudits ou courtisans. Nous voulons désormais renverser la perspective critique habituelle et lire ces traductions en tenant compte des publics auxquelles elles étaient destinées, des diverses stratégies des traducteurs pour les satisfaire (en particulier du recours à l'imitation des poètes latins ou vernaculaires) et de leur désir de contribuer à l'enrichissement du patrimoine national. Par rapport au texte d'Homère, c'est la notion d'écart que nous retiendrons comme féconde, et non celle de fidélité.
Notre propos est de considérer et d'étudier ces traductions 
  • comme des œuvres à part entière, d'en préciser les intentions, les destinataires, les pratiques traductologiques, stylistiques et métriques ;
  • comme des documents précieux à la fois pour la réception des poèmes homériques et pour le développement des langues vernaculaires en Europe à la Renaissance. Compte tenu de l'ampleur du corpus, nous travaillerons dans un premier temps sur les traductions de l'Iliade.
 
Le projet est donc double : éditer ces traductions, imprimées à la Renaissance seulement et parfois manuscrites, et construire un outil permettant une approche comparatiste systématique. Pour ces deux objectifs, le recours au numérique paraît indispensable.

Editer des textes peu ou mal connus

Les traductions de notre corpus n'ont jamais été rééditées depuis la Renaissance et nous sont même parfois parvenues sous forme manuscrite. Désormais accessibles, du moins pour la plupart, via les plateformes numériques des grandes bibliothèques européennes, en particulier gallica.bnf.fr, elles nécessitent une mise en valeur éditoriale accompagnée d'une annotation minimale (lexique, repérage des sources). On distinguera quatre ensembles :
  • le corpus latin : parmi les sept traductions existantes, nous retiendrons les quatre plus marquantes de la période : celle, manuscrite et ad verbum, de Léonce Pilate, préparée pour Francesco Petrarca au XIVe siècle ; celle de Lorenzo Valla, en prose et ad sensum (1474) plusieurs fois rééditée jusqu'en 1535 ; celle d'Andrea Divo (1537), qui supplanta la précédente et servit de base à bon nombre de traductions latines de l'Iliade et de l'Odyssée au XVIe siècle ; celle d'Eobanus Hessus (1540), en hexamètres dactyliques, représentative des traductions latines d'origine germanique qui se sont développées dans l'entourage de Philip Melanchthon.
  • le corpus français : il compte trois grandes traductions complètes de l'Iliade. Les Iliades d'Homère par Jehan Samxon (1530), ample traduction en prose qui s'inscrit dans le prolongement des « histoires de Troie » du monde médiéval ; la traduction en décasyllabes des dix premiers chants par Hugues Salel (1545) qu'Amadis Jamyn poursuit et termine en alexandrins (1577), travail commencé à la demande de François Ier dans un contexte d'illustration et de promotion de la langue française ; la traduction en alexandrins de Salomon Certon à la fin du siècle, entreprise à l'instigation d'Henri IV et offerte à Louis XIII son fils en 1615.
  • le corpus italien : cinq traductions imprimées partielles, mais peu connues et une traduction restée manuscrite (celle de G. Baccelli, 1582), profondément marquées par le « vulgaire illustre » qu'est la belle langue littéraire de Dante, Pétrarque et Boccace. Il faut compter aussi avec l'Achille et l'Enea de Ludovico Dolce (1572).
  • le corpus espagnol : il comprend une traduction de l'Iliade restée manuscrite, celle de Lebrija Cano.

Adopter une approche comparatiste

La Renaissance a ceci de remarquable qu'elle a développé de manière conjointe et souvent concomitante la transmission des classiques grecs via le latin et les langues vernaculaires. Adopter une approche comparatiste devrait nous permettre
  • de mieux comprendre le processus de transmission humaniste, et en particulier le rôle de la langue latine dans l'apprentissage du grec ;
  • de saisir au plus près la « pratique » de la traduction à la Renaissance et les projets des traducteurs en fonction des attentes des cercles auxquelles ils appartiennent ainsi que les liens entre ces cercles ;
  • de distinguer l'originalité des approches « nationales », en particulier le rôle des instances politiques ;
  • de mettre au jour l'influence des littératures « nationales » sur le processus de traduction.
 
Nous travaillerons dans un premier temps avec Marianne Reboul, MCF à l'ENS de Lyon, qui a construit un outil performant de parallélisation des traductions de l'Odyssée d'Homère en langue française depuis la Renaissance jusqu'à nos jours. Avec son aide, nous espérons pouvoir, dans un second temps, affiner la parallélisation de façon à mettre en évidence les structurations propres à chaque traduction. Nous bénéficierons aussi de l'appui des ingénieurs d'étude et de recherche de l'équipe ELAN (composante de Litt&Arts). Une première journée d'études, le 7 mars 2019, a déjà permis de présenter les divers corpus et d'ouvrir la réflexion sur la collaboration à venir.
Ces paratextes, aujourd’hui négligés parce qu’écrits en latin et souvent difficiles d’accès, sont en effet le lieu d’une réflexion et d’une élaboration théorique qui ont pour objet ce théâtre que l’on redécouvre et dont l’on s’inspire et, plus généralement, les idées qui agitent alors le monde du théâtre moderne en train de s’inventer ; ils sont en outre très souvent le fait des plus grands savants et ont connu en leur temps une audience et une circulation bien plus importantes que celle des textes rédigés en vernaculaire.

Ils ont aussi construit des savoirs dont nous sommes encore redevables, voire prisonniers, aujourd’hui. IThAC se propose de les analyser et de les rendre accessibles en les traduisant et en les réunissant sur une plateforme numérique qui rendra possible leur exploration systématique.

À ce jour, le projet a donné lieu à quatre journées d'études et un panel à la Celtic conference in Classics de Montréal 2017, dont les actes sont à paraître en 2019 dans la revue Anabases. Tradition et réception de l'Antiquité.

Le projet, piloté par Malika Bastin-Hammou, est mené en collaboration avec l'UMR HiSoMA autour d'une équipe de 15 chercheurs membres de Litt&Arts et d'HiSoMA.

IThAC a bénéficié du soutien de l'IDEX (IRS contrat doctoral) et a été sélectionné par le plan d'action de l'ANR 2019 pour un financement sur quatre ans (2020-2023).
IThAC a pour objectif l’étude de la réception du théâtre antique dans l’Europe de la Première modernité à travers l’analyse des paratextes imprimés qui lui sont alors consacrés.
L’enseignement de la littérature et de la lecture littéraire (Dufays, 2016) est analysable comme une configuration de plus en plus complexe d’éléments divers, dans un contexte général de complexification curriculaire (Jacquet-Francillon & Kambouchner, 2005). Au lycée, aux côtés des exercices d’entrainement au commentaire du baccalauréat, qui valorisent un rapport distancié au texte, sont prévues d’autres activités d’écriture de la réception (Fourtanier & Le Goff, 2017), métatextuelles mais aussi hypertextuelles, mobilisant tout à la fois raison et imaginaire, affectivité et sensibilité (Shawky Milcent, 2014). L’institutionnalisation, en cours dans le programme du collège, du paradigme didactique du sujet lecteur (Rouxel & Langlade, 2004 ; Mazauric & al 2011 ; Massol & Ranou, 2017) donne une place croissante à ces activités, où elles voisinent avec des exercices qui se veulent plus directement propédeutiques au lycée. En licence et jusqu’aux concours d’enseignement, ce sont d’autres formes encore de commentaire, très diverses, qui sont enseignées aux étudiants, en lien avec l’étude des travaux de la critique littéraire et de la stylistique. De surcroît, des activités de commentaire portant sur d’autres arts, notamment visuels (Claude, 2015, 2017, 2018 ; Rouvière, 2017), prennent une place croissante dans les programmes et maquettes des enseignements littéraires, du collège à l’université.
L’articulation réfléchie de toutes ces activités serait sans doute propre à favoriser une réception riche et complexe de la littérature et des autres arts. Cependant, cet ensemble composite, aux assises théoriques peu explicitées, est selon nous diversement compris par les différents acteurs, engendrant des malentendus pour les élèves et les étudiants, notamment ceux qui sont les moins familiers de la culture scolaire ou universitaire (Bautier & Rayou, 2013). Pourrait se produire un décalage, plus ou moins ample selon les contextes sociaux, entre la prescription et ce qui est réellement enseigné d’une part, ce qui est réellement appris d’autre part (Forquin, 2008).
C’est pourquoi cette recherche s’attache à mettre au clair, au moyen d’entretiens étudiés selon une méthode de comparaison continue (Glaser & Strauss, 2010), les conceptions des différents acteurs, dans des contextes scolaires et universitaires contrastés :  lycéens, étudiants, IPR, enseignants du secondaire et du supérieur. Elle cherche à savoir comment les uns et les autres appréhendent et organisent cette configuration disciplinaire complexe (Reuter) et quelles articulations et progressivité ils voient entre les diverses activités proposées. Il s’agit de comprendre dans quelle mesure ces différents acteurs parviennent à construire du commun.
Ce projet a été financé par l’IDEX Université Grenoble Alpes dans le cadre du dispositif « Initiatives de recherche stratégique ». Il a donné lieu à deux journées d’étude (janvier 2020 et décembre 2020) réunissant des chercheurs de l’UGA et d’autres universités.
Cette recherche fait d’un genre scolaire emblématique de la discipline, le commentaire littéraire au sens large (Daunay, 2004), un révélateur pour étudier le cursus de la formation littéraire du collège à l’université.
Suite aux travaux de François Ost (2004, 2012, 2014), la philosophie du droit tend à considérer la littérature comme un lieu possible de formulation et d’élucidation des principales questions relatives à la justice, à la loi et au pouvoir. Le projet Litédroit propose plus précisément d'interroger les modes d'insertion du droit dans les œuvres littéraires. La littérature emprunte parfois au droit la matière de ses intrigues et de ses procédés rhétoriques, pour créer des fictions qui se glissent dans les interstices de la loi, afin de proposer une interrogation sur la fiction juridique. Cette interaction a fait l’objet d’études, depuis la fin des années 1990, au sujet de différents genres, médias et périodes historiques : l’Ancien Régime (Biet, 2002), le roman du XIXe (Mas, 2015, 2018), la bande dessinée (Ribot, 1998 ; collectif Thesa Nostra, 2012). Elle trouve depuis 2017 un nouveau lieu d’expression dans la revue Droit et littérature, pour montrer comment la mise en texte du droit entraine sa mise en jeu (déstabilisation ironique, questionnement de sa valeur, jeu de détournement de ses usages). Le mode de présence du juridique dans le texte peut se manifester par la citation, par l’allusion à un texte de loi, ou encore comme arrière-plan culturel, comme figuration de procédures ou de figures judiciaires, comme réservoir de figures discursives ou de possibles narratifs, ou plus largement comme réservoir de problèmes anthropologiques éthiques. Le roman contemporain, à travers des auteurs comme Emmanuel Carrère ou Tanguy Viel, offre à cet égard un corpus de choix. Il en va de même des auteurs francophones qui s’intéressent aux rapports complexes, en particulier dans les pays arabes, que l’œuvre littéraire en français entretient avec les différents droits civil ou religieux.
Il s’agira ainsi dans un premier temps d’accroître les ressources critiques sur les œuvres qui insèrent dans le texte une mise en jeu du droit (pénal, civil, ou du travail), mais aussi, lorsque la référence n’est pas explicite, ou tout simplement absente, d’éclairer les œuvres par une recontextualisation juridique.
Dans un deuxième temps, il s’agira de penser les conditions de possibilité et les modalités d’une transposition didactique de ces ressources, pour les classes du second degré et de l’enseignement supérieur. À partir du constat selon lequel le questionnement en classe sur les valeurs en jeu dans les textes et leur lecture se trouve souvent esquivé, escamoté ou différé (Le Fustec & Sivan, 2004 ; Rouvière 2018), la question est de savoir si l’introduction d’un corpus mêlant droit et littérature modifie la part consacrée à l’éthique dans l’enseignement-apprentissage.
Placer le lecteur en position de juge, par analogie entre l’acte de lecture et le jugement judiciaire, en s’appuyant sur le sentiment ou l’idée de justice, à la fois comme prémisse à l’interprétation et comme élément régulateur, pourrait faire de l’analyse littéraire un lieu de jonction entre l’éthique et l’esthétique. Instruire le dossier du texte, c’est aussi intégrer un point de vue universel postulé (Ost, 2014), qui pourrait s’accompagner d’un retour réfléchissant sur son propre jugement.
L’hypothèse est que le Code civil, le code pénal ou le droit du travail, constituent une ressource documentaire qui pourrait permettre aux élèves et aux étudiants de mieux interroger le texte, et de réévaluer leur première lecture. Il s’agira aussi d’utiliser le texte juridique, en cours, comme un déclencheur d’écriture. L’articulation entre les dimensions éthique et esthétique devrait permettre en retour une meilleure approche des textes.
Cette partie du programme prendra la forme d’une recherche collaborative avec les professeurs de français et de littérature, pour créer des dispositifs visant l’émergence de gestes de lecture axiologique dans la classe, mais aussi une auto-réflexivité éthique (Mas, 2017 ; Rouvière, 2018). Les traces de l’activité des élèves seront recueillies et analysées (productions d’écrit, transcriptions des discussions littéraires en classe). Des entretiens d’auto-confrontation seront réalisés avec les enseignants.  Des vidéos commentées de séances seront mise en ligne sur le site de Canopé-Grenoble.
Ce programme de recherche s’inscrit dans le prolongement du projet « Enseigner la littérature en questionnant les valeurs » (Litéval) porté par Nicolas Rouvière (centre Litextra), qui a bénéficié d’un financement IDEX de 15 000 € pour la période 2018-2019 au titre de l’IRS.
Le projet a pour objectif l’édition numérique d’un manuscrit inédit de la toute première traduction française complète du théâtre d’Aristophane, composée vers la fin du XVIIsiècle par l’ecclésiastique et historien Guy Alexis Lobineau, jusqu’alors essentiellement connu pour son Histoire de Bretagne et son Histoire de Paris. On pensait jusqu'à présent que la première traduction française complète datait de 1784 : cette découverte fait remonter d’un siècle la date de l’Aristophane français, bouleversant tout un pan de l’histoire du théâtre et de la réception du comique grec.
Ce texte présente un intérêt double. Il enrichit considérablement l’histoire des traductions françaises du poète comique, dans la mesure où il constitue un jalon entre les deux premières traductions françaises du poète publiées en 1684, dues à Madame Dacier (Les Nuées et Ploutos), et celle, complète, de Poinsinet de Sivry, parue en 1784. Entre temps, d'autres se sont essayés à traduire Aristophane en français, dont le père Brumoy qui, dans son Théâtre des Grecs (1730), donnait à lire en français de nombreux extraits du poète comique, mais omettait les passages les plus licencieux. La traduction de Lobineau, elle, est non seulement complète mais très libre – et c'est d'ailleurs peut-être la raison pour laquelle l'homme d'église a décidé de ne pas la publier. Elle constitue en cela un témoignage singulier de la compréhension que l'on pouvait avoir du poète comique quand ne se posait pas la question de la publication – et qu'étaient donc évacués le risque de la censure et les enjeux de réputation.
Ensuite, ce texte est une source intéressante sur la méthode qu'utilise l'historien Lobineau pour, à partir des textes, rédiger une histoire d'Athènes vue par la lorgnette du poète comique. Dans ses notes en marge il renseigne les realia, les personnages historiques, tout ce qui a trait à l'histoire d'Athènes mais aussi de la comédie. Ces remarques sont reprises et structurées dans la longue introduction qui ouvre le premier volume, qui comprend quatre sections. La première donne à lire la liste des comédies attribuées à Aristophane et quelques remarques sur l'excellence de ses pièces, notamment parce qu'elles sont représentatives des mœurs des Athéniens. La deuxième porte sur ce qu'Aristophane nous apprend sur la religion, la politique et les coutumes des Athéniens. La troisième section est une prosopographie, et la quatrième comporte quelques remarques sur la traduction. Ainsi voit-on dans l'aller-retour entre la traduction et l'introduction comment Lobineau élabore son Histoire comique d'Athènes, et comment la démarche de l'historien influe sur le processus de la traduction.
Ce projet est par essence interdisciplinaire dans la mesure où il amène à collaborer des antiquisants, des historiens, des spécialistes d'histoire du livre et d'humanités numériques. Il permet en outre d’articuler pédagogie et recherche. Le long manuscrit de Lobineau est en effet relativement aisé à lire et il est donc possible de confier sa saisie à des étudiants hellénistes. Ces derniers, disposant du texte grec d’Aristophane, peuvent le confronter à la traduction de Lobineau, et ainsi les passages difficiles à déchiffrer peuvent faire l’objet d’un nombre d’hypothèses réduit. Il constitue en cela un excellent support pédagogique d’initiation à l’édition de texte. Les notions d’encodage en XML-TEI, abordées en L3 de Lettres classiques, sont ici mises en pratique en vue d’une publication en ligne présentant dans trois colonnes parallèles le fac-similé, la transcription au plus près du manuscrit et le texte grec.
Il est piloté par Malika Bastin-Hammou, en collaboration avec Clarisse Coulomb (UGA, UMR 5190 LAHRA) et Véronique Denizot (UGA, BUDL). Elisabeth Greslou a piloté le processus d'encodage, avec l'aide d'Anne Garcia Fernandez. Nathalie Arlin s'est chargée de la transformation des données et de la construction du site. La saisie et l'encodage ont été réalisés par trois stagiaires étudiantes en licence de Lettres classiques à l'Université Grenoble Alpes : Célia Charlois, Diandra Cristache et Joséphine Rambaud. Les stages se sont déroulés au sein de l'UMR 5316 Litt&Arts. Une journée d'étude, intitulée « Lobineau, traducteur et historien », a été organisée le 17 novembre 2017 ; elle a permis de replacer le manuscrit dans le contexte des autres travaux de Lobineau. L'année 2018-2019 a été consacrée à l'étude de la traduction, avec notamment la mise en ligne du texte grec en parallèle avec la traduction de Lobineau et le repérage de la traduction du vocabulaire de l'obscénité.
Le projet bénéficie du soutien de la MSH-Alpes et de Démarre SHS ! (CDP Data Institute).
En savoir plus via le site du projet.
L’Observatoire des littératures francophones du sud, soutenu par le Lafef (Réseau-mixte algéro-français langue française et expressions francophones), se donne pour mission de mieux faire connaître les écrivains qui ne sont pas publiés en France et qui sont mal connus dans le monde occidental. Cet Observatoire est né de la rencontre d’enseignants-chercheurs d’établissements supérieurs algériens ( ENS Bouzaréiah d’Alger, université d’Oran 2), français (universités de Cergy Pontoise, Grenoble Alpes, Lyon 2), marocain (université de Moulay Ismaïl de Meknès) et tunisien (université de Tunis).

Sans exclure d’autres formes de réalisation (actes de colloques, publication d’ouvrages inédits), l’Observatoire se donne pour tâche fédératrice l’élaboration de plusieurs anthologies des littératures francophones contemporaines publiées au Maghreb, à travers un partenariat avec des éditeurs français. Ces volumes permettront à l’ensemble des collègues, des étudiants, mais aussi du grand public, de s’initier à une littérature contemporaine en pleine expansion qui propose des formes scripturales et des stratégies discursives plurilingues et interculturelles innovantes.

Ces diverses activités (en particulier, l’anthologie des littératures francophones contemporaines publiées au Maghreb) ont été préparées par plusieurs rencontres de travail à Alger (mars 2016), Oran (avril 2017). Les journées de Cergy Pontoise (novembre 2018) ont permis de définir l’état de l’art, les principes d’élaboration et un calendrier de travail. Une nouvelle programmation de rencontres, suite à la crise sanitaire liée au covid-19, est en cours d’élaboration pour confronter les premiers résultats de l’investigation.
 
 
Activités 2020-2024
  • Lancement de travaux autour des prochains volumes d’anthologie : la littérature marocaine et littérature tunisienne
  • Journées scientifiques autour de la didactique du texte francophone, à partir des anthologies. Ces manifestations répondront aux attentes des partenaires du projet en termes de transfert de bonnes pratiques pédagogiques. Conformément aux objectifs de L’Observatoire, ces journées mettront les résultats de la recherche au service de l’enseignement aussi bien au Maghreb qu’en France. Elles permettront en relation avec l’axe 2 de dialoguer avec les travaux de recherche en didactique, menés par les collègues de LITTEXTRA.
  • Médiation et valorisation : lancement de la collection « Janoub » (UGA Éditions, secteur Médiation) qui se donne les objectifs suivants : valorisation de la traduction de/vers les langues africaines, réédition de textes francophones (récits/essais/critiques) publiés au Maghreb. La collection, dirigée par Ridha Boulaâbi et par Pascale Roux, entretient par ses choix et ses objectifs des liens étroits avec d’autres projets de l’axe 2, en particulier la Poétique et Stylistique du texte traduit.
  • Partenariat avec d’autres laboratoires de recherche : dès sa création, le projet de L’Observatoire s’est inscrit dans le cadre d’une francophonie de terrain, c’est-à-dire en interaction permanente avec des environnements plurilingues et interculturels en lien avec le Maghreb et l’Afrique. C’est pourquoi, les chercheurs comptent se rapprocher de laboratoires travaillant sur la langue et littérature arabes par exemple. Une demande de collaboration a été formulée par le laboratoire TELEM (textes, littératures, écritures et modèles) de Bordeaux par l’intermédiaire de Mounira Chatti, professeure des littératures francophones et responsable de l’axe Altérité et ses représentations dans la littérature et les arts arabo-musulmans
  • Valoriser le site de L’Observatoire et continuer à l’enrichir sa bibliothèque avec des entretiens, des compte rendus de lecture, des articles…
L’Observatoire des littératures francophones du Sud se définit comme une plateforme collaborative animée par des équipes de recherche basées dans de nombreux pays francophones et francophiles du Sud.
Il s’agit de redonner au texte traduit en français une place centrale au sein du corpus littéraire français et de l’aborder dans son autonomie par rapport au texte qui en est à la source. On place au centre de notre approche l’idée de la créativité de la traduction : le traducteur n’a certes pas le même statut que celui du créateur de départ – puisque lui (re)crée dans un cadre contraint, celui du texte à traduire – mais il n’est pas un simple technicien de la langue, dont le rôle se réduirait à produire mécaniquement un équivalent du texte dans une autre langue : le texte traduit résulte d’un acte de co-création.
À l’origine du projet, l’approche est avant tout stylistique, dans la mesure où la préoccupation centrale est de s’intéresser précisément à la langue et au style du texte traduit, dans une optique synchronique (par rapport aux autres productions en français d’une même époque) et diachronique (par rapport à l’évolution de la « langue littéraire »). Mais l’échange avec diverses spécialités disciplinaires dans le champ de la littérature française et en dehors (études antiques, littératures comparées, littératures de langues étrangères, traductologie), très important depuis le départ, est aujourd’hui constitutif de l’identité du programme.
Les différents chantiers de recherche comportent un versant numérique, orienté vers l’édition (avec les problèmes spécifiques posés par des corpus multilingues et dans lesquels existent des versions multiples d’un même texte de départ) et/ou vers l’analyse (en particulier les apports du traitement automatique des langues et de la linguistique de corpus à l’étude du texte traduit).
 
Trois grands axes fédèrent les différents projets rassemblés dans le programme :
  • Une étude de la « langue littéraire » (G. Philippe et J. Piat) par l’intermédiaire du texte traduit, en synchronie et en diachronie.
  • Une étude des postures et des éthos dans la traduction, mis en relation avec le statut des traducteurs ainsi qu’avec les choix de traduction opérés.
  • Une histoire des (re)traductions littéraires, abordée sous l’angle des imaginaires et des connaissances de l’altérité.
 
Le projet rassemble 7 projets internes :
 
  • 4 projets d’étude sur corpus, portés par des chercheur·euses de différentes spécialités disciplinaires et séculaires, travaillant sur des corpus très variés :
1- Épreuves de l’étranger : les poèmes et la prose (rétro)traduite de Gérard Macé (porté par F. Fonio, E. Nanni et P. Roux, avec ILCEA 4, LIDILEM et un important réseau international de traducteurs et de collaborateurs). Édition et analyse du corpus :
http://ouvroir-litt-arts.univ-grenoble-alpes.fr/revues/actalittarts/224-l-epreuve-de-l-etranger
http://epreuves-etranger.elan-numerique.fr/ (outil en construction).
2- La poésie traduite : éthos et style (porté par P. Roux, collaboration avec les éditions La Pionnière). Constitution, édition et étude d’un corpus poétique de textes retraduits (Leopardi, Heine, Keats). Édition et étude d’avant-textes traductifs (co-traduction Bhattacharya/Macé). Traduire le rythme.
3- Voix d’Homère (porté par C. Louette et A. Salha, projet interdisciplinaire dans Litt&Arts). Etude des modalités de la transmission de la voix d’Homère. Traduire le rythme. Retrouver l’oralité perdue d’Homère (adaptations contemporaines pour la scène et/ou dans les versions pour la jeunesse).
4- Translating Greek Drama (porté par M. Bastin-Hammou, en collaboration avec l’Université d’Oxford et Paris XIII), qui a pour objet l’histoire et l’analyse des traductions du théâtre grec en latin et en vernaculaire dans l’Europe de la Première modernité
 
  • 1 projet orienté vers la médiation et la valorisation
5- Traduire dans les pays francophones (porté par R. Boulaâbi et P. Roux, en collaboration avec l’Observatoire des littératures francophones du Sud, qui possède un fort ancrage international, en particulier au Maghreb). Collection « Janoub » (UGA Éditions, secteur Médiation). Valorisation de la traduction de/vers les langues africaines.
 
  • 2 projets transversaux
6- Edition numérique et apports du TAL (collaboration avec ÉLAN et le LIDILEM). Édition numérique de corpus de versions parallèles, unilingues (français) ou multilingues, avec alignement des versions. Analyse de ces corpus, par le recours au TAL et à la linguistique de corpus.
7- Traducteurs d’un jour : atelier d’écriture créative et traduction (en collaboration avec la MaCI et des institutions externes à l’UGA). Deux ateliers par an, avec un objectif de valorisation (la créativité de la traduction, l’imaginaire des langues) et de recherche-création. Chaque atelier est pris en charge par un chercheur du programme. (En suspens en raison de la pandémie)
Le projet « Reportage, littérature et politique » se propose d’étudier les pratiques d’écriture situées à la lisière de la littérature et du journalisme, dans une perspective transnationale. Désignées par des appellations variées dans les différentes langues (reportage, literary/narrative journalismnon-fiction novel, crónicareportażliteratura fakta, etc.), ces pratiques jouissent d’un succès remarquable dans les littératures contemporaines et de l’extrême contemporain. Nous souhaitons dynamiser et fédérer les études sur le reportage qui restent, à l’heure actuelle, cloisonnées (dans leurs aires culturelles) ou alors limitées aux transferts depuis le domaine anglo-américain. L’observation et l’analyse des traditions et pratiques du reportage dans différentes aires culturelles, débouchera sur une archéologie du reportage contemporain, attentive à la dimension politique qui en est constitutive. Le reportage est, en effet, habité par l’idéal d’une littérature transitive et performative, articulant la saisie du — et l’intervention dans — le réel. Sa forte résurgence aujourd’hui est fondamentale pour comprendre notre présent. 
 
Dans le cadre de ce projet un colloque international intitulé « Raconter, décrire, intervenir : la politique du reportage » s’est tenu à Grenoble du 30 janvier au 1er février 2020, organisé par Laurent Demanze, Anne-Marie Monluçon et Anna Saignes. Les participants ont proposé des contributions consacrées à quelques grandes figures de reporter (K. Pruszyński, E. Poniatowska, R. Kapusciński, J. Hatzfeld, J. Rolin,), aux phénomènes d’hybridation entre reportage et roman (chez J.-P. Sartre et dans Paris Match), à la naissance de la pratique au XIXe siècle, aux reportages écrits par des femmes ou encore ses manifestations extra-contemporaines. Les actes du colloque seront publiés dans la revue de l’UMR Litt&Arts, Recherches & Travaux (n° 98/ juin 2021).
 
Le projet est porté par Anna Saignes, maîtresse de conférences HDR en littérature générale et comparée. Il associe Laurent Demanze, Professeur de littérature française et Anne-Marie Monluçon, maîtresse de conférences en littérature générale et comparée. Les trois chercheurs sont membres du centre ECRIRE de l’UMR Litt&arts. Ils collaborent étroitement avec John Bak, Professeur de littérature américaine à l’Université de Lorraine, Beata Nowacka, Professeur de littérature polonaise à l’Université de Katowice (Pologne) et Urszula Glensk, Professeur de journalisme à l’Université de Wrocław (Pologne). Les collaborations internationales seront prochainement élargies.
 
Le projet s’inscrit dans les travaux de l’axe « Traduction, transmission, réception des textes littéraires », un des quatre axes de l’UMR Litt&arts.
 
Le projet est financé par l’IDEX Université Grenoble Alpes dans le cadre du dispositif « Initiatives de recherche stratégique » (Projet exploratoire et émergent).

 
Le projet « Reportage, littérature et politique » se propose d’étudier les pratiques d’écriture situées à la lisière de la littérature et du journalisme, dans une perspective transnationale.
Le présupposé est que les commentaires humanistes, tout en apportant un savoir supplémentaire au texte latin, contribuent, par une fertilisation réciproque, au développement et à l’approfondissement de la pensée renaissante ; le domaine de la pensée politique, si vivace au XVIème siècle, est un laboratoire parfait pour approcher cette question. Les questions du tacitisme naissant et de ses utilisations dans le monde politique du XVIème siècle sont bien connues, et la bibliographie est vaste. Mais chercher dans les commentaires plutôt que dans le texte même de Tacite les racines de cette pensée est une démarche qui amène à considérer la question sous un angle nouveau. En outre, les commentaires de Juste Lipse comptent parmi les premiers, après un siècle de commentaires principalement ecdotiques, à proposer des réflexions pouvant s’appliquer au contemporain de ses lecteurs. Le projet Tacitus On Line permet ainsi de renouveler l’approche du commentaire et d’approfondir la question de la pensée politique fondée sur l’Antiquité.
 
Une édition de 1608 (Carolus Aubertus, Paris) rassemble les commentaires de Lipse (après les 7 éditions successives qu’il a fait paraître depuis 1574) et présente également un choix de ceux des commentateurs précédents, Beatus Rhenanus, Alciat, Muret, etc. Sur la base de cette édition, le projet entend numériser et mettre à disposition des spécialistes ces commentaires en latin, afin de permettre des études sur le langage politique latin, la pensée morale et historique du XVIe siècle, la réception de Tacite par la postérité.
 
Le projet est déjà en cours. Les éditions des Belles Lettres ont donné leur accord pour que le texte latin de Tacite soit celui établi pour la Collection des Universités de France ; la Bibliothèque Municipale de Lyon, qui possède un exemplaire de l’édition, en a fait numériser en mode image la totalité (environ 1400 pages). Grâce aux ingénieurs ELAN, un site pilote a été conçu, qui présente les commentaires de Juste Lipse aux premiers livres des Annales, avec une typologie des commentaires (historique, moral, d’établissement de texte, sur le style, etc).  Les commentaires ont été saisis en .xml par des stagiaires étudiant.e.s.
voir le site pilote : http://tacitus.elan-numerique.fr/index.php?page=livre1
L’étude des commentaires sur les trois premiers livres a pour le moment permis d’établir une typologie, à affiner, qui fait ressortir des thématiques : commentaires historiques, politiques, religieux, ecdotiques mais aussi échos des débats et controverses entre érudits du XVIème siècle. Une fois cette analyse élargie aux autres livres des Annales, l’ensemble des commentaires écrits par Lipse sera disponible pour une recherche de plus grande ampleur. Des recherches par type de commentaire ou par critères croisés (commentaire historique+débat, ou commentaire politique+religieux, etc.) permettront de multiplier les approches.
Le site comprendra également une bibliographie spécialement axée sur la réception de Tacite à partir de la Renaissance, et sur les humanistes lui ayant consacré une partie de leur œuvre. Il est destiné à devenir un lieu de collaboration par crowdsourcing, pour les études concernant la pensée politique de l’Antiquité et de la Renaissance.
 
Une journée d’étude couplée à un atelier de travail sur les points proprement numériques a eu lieu en octobre 2018 à Grenoble sur ce projet ; une autre JE sur le même modèle est organisée le 12 juin 2019, cette fois plus spécialement consacrée aux commentaires ecdotiques.
 
Tacitus On Line a obtenu un financement du réseau des MSH (Appel à projet Mission pour l’interdisciplinarité 2017-18), il bénéficie du soutien du CollExPersée (Bourse individuelle de numérisation 2019), et est partenaire du consortium CAHIER.
Le projet Tacitus on Line vise à l’édition numérique des commentaires de l’humaniste Juste Lipse aux Annales de Tacite, texte fondateur de la Renaissance, pour permettre une étude de ces commentaires, notamment sur le plan de la pensée politique.
Mis à jour le 24 juin 2021