Transmission, traduction et transfert des textes antiques et médiévaux

Présentation

TRANSLATIO s’intéresse à la transmission, la traduction et la réception des textes antiques et médiévaux et aux transferts culturels dans lesquels ils s'inscrivent, de l’Antiquité à nos jours. Cette composante scientifique regroupe la quasi-totalité des enseignants-chercheurs en langues anciennes de notre Université et, de ce fait, place les textes grecs et latins au cœur de sa réflexion.

Les textes une fois écrits connaissent des devenirs variés : traduits, commentés, cités, réécrits, détournés, ils continuent à évoluer dans une transmission qui s’inscrit dans l’histoire. Cette circulation des textes s’accompagne de réflexions sur la notion de transfert, qui peuvent ainsi porter sur les points de contacts entre les littératures hellénistique et romaine, ou sur des faits culturels qui circulent entre les périodes grecque, romaine républicaine, romaine impériale et tardive, et au-delà.
 

Projets de recherche

Annales, I pour les Belles Lettres, coll. Commentario
 Les Annales offrent une réflexion, complexe et dramatique, sur l’évolution qui soumet Rome, après la mort de l’empereur Auguste, à la dynastie des Julio-Claudiens. Dans cette lignée où s’entremêlent mariages, adoptions et meurtres, l’historien Tacite dessine des portraits d’hommes et de femmes au pouvoir et cherche à comprendre les ressorts de cette nouvelle Rome, impériale et secrète, où les oppositions trouvent de nouvelles formes d’expression. Cet axe d’interprétation sera constamment présent dans le commentaire du livre 1.
L’art avec lequel Tacite, pour cerner cette évolution, esquisse des portraits, élabore des discours, peint des batailles et des conquêtes, sera mis en lumière par des commentaires portant également sur le style.
Enfin, les commentaires feront aussi une place à la tradition des commentaires humanistes, notamment sur la question de l’établissement du texte.
 
La lecture des œuvres de Tacite attire et parfois rebute ; ceux qui ont étudié ou étudient le latin redoutent son écriture elliptique et dense. Pourtant l’œuvre est d’une fulgurance incroyable, la pensée d’une acuité rare et le plaisir qu’on peut en retirer à la lecture est considérable. Nombreux sont les gens cultivés qui ont entendu parler de cet historien ou qui en ont lu des extraits, difficilement compréhensibles sortis du contexte et sans outils d’aide. Un livre qui en facilite l’approche et explicite les allusions sera un apport réel pour approcher cet auteur si riche et original.
 L’originalité de Tacite, par exemple dans l’usage de ses sources, a été étudiée (Olivier Devillers, Tacite et les sources des Annales. Enquête sur la méthode historique, Louvain, Bibliothèque d'Etudes Classiques, 36, 2003). Par ailleurs, des études récentes ont souligné le rôle joué par la recherche de la dramatisation (Fabrice Galtier, L’image tragique de l’Histoire chez Tacite. Études des schèmes tragiques dans les Histoires et les Annales, Bruxelles, Collection Latomus 333, 2011 ; Francesca Santoro L’Hoir, Tragedy, Rhetoric and the Historiography of Tacitus’Annals, Ann Arbor, 2006) ou la finesse avec laquelle Tacite fait passer ses opinions (Ellen O’Gorman, Irony and misreading in the Annals of Tacitus, Cambridge, 2000). Les aspects politiques ont été abordés par Yasmina Benferhat, Du bon usage de la douceur en politique dans l’œuvre de Tacite, Belles Lettres, 2011, ou par moi-même dans mes deux monographies parues. Les études tacitéennes ont donc été renouvelées et se poursuivent (V. Pagan coordonne une Tacitus Encyclopaedia, pour l’éditeur Wiley, USA, à laquelle je contribue).
La traduction utilisée pour les Annales sera celle de la CUF, revue personnellement peut-être sur certains points particuliers (livres I- III : par P. Wuilleumier, Première édition 1923. Deuxième édition 1974. 6e tirage de la deuxième édition, 2012).
Le livre tend à mettre en lumière les ressorts cachés du pouvoir impérial, dans son affirmation comme dans les oppositions qu’il provoque, par l’étude des personnages et des atmosphères dépeintes dans un style remarquable, qui a marqué l’histoire du savoir depuis la Renaissance.

Les correspondances apocryphes de Diogène de Sinope et Cratès de Thèbes constituent une source non négligeable pour notre connaissance du mouvement cynique à l’époque impériale. Si l’on en juge par la quantité de manuscrits qui nous l’ont transmis, ce corpus devait être relativement populaire (notamment en ce qui concerne les lettres de Diogène). Mais il n’est pas unifié : W. Capelle a démontré dès 1896 (dans sa thèse De cynicorum epistulis, dirigée par Wilamowitz) que ces lettres ne sauraient être l’œuvre d’un auteur unique, même si, à partir d’un examen du style et du contenu, on pouvait identifier plusieurs groupes homogènes, attribuables à un même auteur ou, en tout cas, à une même origine. De fait, il est plus que vraisemblable que les lettres qui nous sont parvenues ne sont qu’un florilège, forgé à partir d’un corpus qu’on doit supposer bien plus vaste : on trouve en effet chez certains auteurs (Epictète et Julien, notamment) des allusions ou des références à des lettres de Diogène qui, de toute évidence, ne font pas partie de celles qui sont en notre possession, et Diogène Laërce évoque en VI 98 un volume de lettres de Cratès, « où il philosophe excellemment, dans un style qui, parfois, ressemble à celui de Platon » - or, quel que soit le jugement qu’on porte sur les qualités stylistiques des lettres de Cratès qui nous sont parvenues, force est de reconnaître (la critique est d’ailleurs unanime sur ce point) qu’elles n’évoquent en rien le style platonicien. Il convient d’ajouter que ce florilège lui-même est problématique : la majorité des manuscrits ne transmettent que les lettres 1-29 (sur 51) de Diogène et 1-14 (sur 36) de Cratès – seuls quelques manuscrits contiennent l’ensemble des lettres de Diogène (sauf la lettre 51), et aucun ne contient toutes les lettres de Cratès.

Les premières études consacrées aux lettres de Diogène et de Cratès ont été pour la plupart publiées à la fin du XIXème siècle en Allemagne, à la suite de l’édition des Epistolographi graeci de Rudolf Hercher, en 1873 (signalons toutefois le travail de Jean François Boissonade, qui donna en 1814 la première édition critique des lettres 30-51 de Diogène et, en 1827, celle des lettres 15-36 de Cratès). En 1879, Jacob Bernays consacra une note de son Lucian und die Kyniker à la lettre 28 de Diogène, qu’il rapprochait de la lettre 7 d’Héraclite, et attribuait, comme cette dernière, à un auteur juif ou chrétien. Quatre ans plus tard, Johann Friedrich Marcks consacra une partie de sa thèse, qui portait sur l’ensemble du corpus des épistolographes grecs de l’édition Hercher (Symbola critica ad epistolographos Graecos, Diss. Bonn, 1883), aux « lettres des cyniques », en s’intéressant principalement à la question de leur datation. Entre 1880 et 1890 furent publiés un certain nombre d’articles, qui s’attachaient principalement à suggérer des corrections du texte de l’édition de Hercher. Heinrich Schafstaedt (De Diogenis epistulis, Diss. Göttingen, 1892) étudia quant à lui la tradition manuscrite des lettres de Diogène (et les relations de dépendance qu’il identifia entre les principaux manuscrits sont encore admises aujourd’hui).

La première étude entièrement consacrée aux lettres de Diogène et de Cratès, et la plus souvent citée au cours du XXe siècle, est celle, déjà évoquée plus haut, de Wilhelm Capelle, en 1896. En 1899, Alessandro Olivieri publia deux travaux sur ces lettres (« Le epistole del Pseudo-Cratete », Rivista di filologia e d’iztruzione classica, Anno XXVII, Turin, 1899, pp. 406-421 ; « Le epistole attribuite a Diogene », Ricerche letterarie sui Cinici, Bologne, 1899, pp. 68-110), dont le projet était « di colmare la lacuna che trovasi nello studio dello scolaro del Wilamowitz (sc. Capelle) ». L’étude d’A. Olivieri sur les lettres de Cratès est l’une des dernières qui leur ait été entièrement consacrée.

Au début du XXe (1926), Kurt von Fritz étudia, dans la deuxième partie de ses Quellen-Untersuchungen zu Leben und Philosophie des Diogenes von Sinope, les lettres de Diogène, plus particulièrement celles qu’il appelait les « longues lettres » (lettres 29-40), marquées selon lui par des influences socratiques. Il faudra ensuite attendre 1968 pour voir paraître de nouveau une étude de détail, sur les lettres de Diogène seulement (Victor-Eugène Emeljanow, The Letters of Diogenes, Diss. Stanford, 1967, Microfilm, 1968).

Le regain d’intérêt dont bénéficia le cynisme à partir du milieu des années 1970 ne profita guère aux lettres de Diogène et de Cratès, qui restèrent confinées aux marges de la recherche dans ce domaine (il est significatif de remarquer que Léonce Paquet, notamment, dans son ouvrage Les cyniques grecs : Fragments et témoignages, Montreal, 1975, ne cite à aucun moment les Lettres de Diogène et Cratès). On signalera principalement, pour cette période, l’ouvrage publié sous la direction d’Abraham J. Malherbe (The Cynic Epistles. A Study Edition, Society of Biblical Literature. Sources for Biblical Studies 12, Missoula (Montana), 1977) qui envisage ces lettres surtout du point de vue de l’épistolographie, en en proposant une traduction anglaise fondée sur le texte établi par Hercher, avec le projet de « rendre accessibles ces textes négligés », et de « stimuler la recherche dans ce domaine ». Il convient également de signaler et de saluer l’« édition » des lettres par G. Giannantoni, d’abord dans ses Socraticorum Reliquiae (vol. 2, Naples, 1983, pp. 605-646 pour Diogène et pp. 743-757 pour Cratès) puis dans ses Socratis et Socraticorum reliquiae (vol. 2, coll. « Elenchos » 18, Napoli, 1990, pp. 423-464 pour Diogène et pp. 561-576 pour Cratès), qui présente la grande utilité de rassembler en notes, pour chaque lettre, toutes les références aux études mentionnées ci-dessus, ainsi qu’un apparat critique relativement fiable et complet. Ici encore, il ne s’agit pas à proprement parler d’une édition, puisque le texte imprimé est celui de Hercher. L’apparat critique rend compte toutefois des corrections ou conjectures proposées par les commentateurs postérieurs à celui-ci.

Il faut attendre 1994 pour que paraisse une nouvelle édition critique de ces lettres, celle d’Eike Müseler, sous la direction de Martin Sicherl (Die Kynikerbriefe, Studien zur Geschichte und Kultur des Altertums, 2 vol., Paderborn, 1994), dont le premier volume analyse la tradition textuelle et établit le stemma, tandis que le second présente le texte grec édité avec une traduction allemande en regard. Les textes ne sont pas commentés.

Comme on peut le constater, il n’existe jusqu’à présent aucune publication scientifique récente qui présenterait à la fois le texte, la traduction et le commentaire de ces lettres, ce qui, de notre point de vue, et de celui de la communauté scientifique travaillant sur le cynisme, constitue une lacune, que le projet de publication de ces correspondances vise à combler.

Il proposera une édition du texte amendée (avec apparat critique), accompagnée d’une traduction française et d’un commentaire, aux éditions Vrin, dans la collection « Textes et traditions » dirigée par Marie-Odile Goulet-Cazé, Richard Goulet et Philippe Hoffmann.

Les premières études consacrées aux lettres de Diogène et de Cratès ont été pour la plupart publiées à la fin du XIXème siècle en Allemagne, à la suite de l’édition desEpistolographi graeci de Rudolf Hercher, en 1873 (signalons toutefois le travail de Jean François Boissonade, qui donna en 1814 la première édition critique des lettres 30-51 de Diogène et, en 1827, celle des lettres 15-36 de Cratès). En 1879, Jacob Bernays consacra une note de son Lucian und die Kyniker à la lettre 28 de Diogène, qu’il rapprochait de la lettre 7 d’Héraclite, et attribuait, comme cette dernière, à un auteur juif ou chrétien. Quatre ans plus tard, Johann Friedrich Marcks consacra une partie de sa thèse, qui portait sur l’ensemble du corpus des épistolographes grecs de l’édition Hercher (Symbola critica ad epistolographos Graecos, Diss. Bonn, 1883), aux « lettres des cyniques », en s’intéressant principalement à la question de leur datation. Entre 1880 et 1890 furent publiés un certain nombre d’articles, qui s’attachaient principalement à suggérer des corrections du texte de l’édition de Hercher. Heinrich Schafstaedt (De Diogenis epistulis, Diss. Göttingen, 1892) étudia quant à lui la tradition manuscrite des lettres de Diogène (et les relations de dépendance qu’il identifia entre les principaux manuscrits sont encore admises aujourd’hui).
La première étude entièrement consacrée aux lettres de Diogène et de Cratès, et la plus souvent citée au cours du XXe siècle, est celle, déjà évoquée plus haut, de Wilhelm Capelle, en 1896. En 1899, Alessandro Olivieri publia deux travaux sur ces lettres (« Le epistole del Pseudo-Cratete », Rivista di filologia e d’iztruzione classica, Anno XXVII, Turin, 1899, pp. 406-421 ; « Le epistole attribuite a Diogene », Ricerche letterarie sui Cinici, Bologne, 1899, pp. 68-110), dont le projet était « di colmare la lacuna che trovasi nello studio dello scolaro del Wilamowitz (sc. Capelle) ». L’étude d’A. Olivieri sur les lettres de Cratès est l’une des dernières qui leur ait été entièrement consacrée.

Au début du XXème (1926), Kurt von Fritz étudia, dans la deuxième partie de ses Quellen-Untersuchungen zu Leben und Philosophie des Diogenes von Sinope, les lettres de Diogène, plus particulièrement celles qu’il appelait les « longues lettres » (lettres 29-40), marquées selon lui par des influences socratiques. Il faudra ensuite attendre 1968 pour voir paraître de nouveau une étude de détail, sur les lettres de Diogène seulement (Victor-Eugène Emeljanow, The Letters of Diogenes, Diss. Stanford, 1967, Microfilm, 1968).

Le regain d’intérêt dont bénéficia le cynisme à partir du milieu des années 1970 ne profita guère aux lettres de Diogène et de Cratès, qui restèrent confinées aux marges de la recherche dans ce domaine (il est significatif de remarquer que Léonce Paquet, notamment, dans son ouvrage Les cyniques grecs : Fragments et témoignages, Montreal, 1975, ne cite à aucun moment les Lettres de Diogène et Cratès). On signalera principalement, pour cette période, l’ouvrage publié sous la direction d’Abraham J. Malherbe (The Cynic Epistles. A Study Edition, Society of Biblical Literature. Sources for Biblical Studies 12, Missoula (Montana), 1977) qui envisage ces lettres surtout du point de vue de l’épistolographie, en en proposant une traduction anglaise fondée sur le texte établi par Hercher, avec le projet de « rendre accessibles ces textes négligés », et de « stimuler la recherche dans ce domaine ». Il convient également de signaler et de saluer l’« édition » des lettres par G. Giannantoni, d’abord dans ses Socraticorum Reliquiae (vol. 2, Naples, 1983, pp. 605-646 pour Diogène et pp. 743-757 pour Cratès) puis dans ses Socratis et Socraticorum reliquiae (vol. 2, coll. « Elenchos » 18, Napoli, 1990, pp. 423-464 pour Diogène et pp. 561-576 pour Cratès), qui présente la grande utilité de rassembler en notes, pour chaque lettre, toutes les références aux études mentionnées ci-dessus, ainsi qu’un apparat critique relativement fiable et complet. Ici encore, il ne s’agit pas à proprement parler d’une édition, puisque le texte imprimé est celui de Hercher. L’apparat critique rend compte toutefois des corrections ou conjectures proposées par les commentateurs postérieurs à celui-ci.

Il faut attendre 1994 pour que paraisse une nouvelle édition critique de ces lettres, celle d’Eike Müseler, sous la direction de Martin Sicherl (Die Kynikerbriefe, Studien zur Geschichte und Kultur des Altertums, 2 vol., Paderborn, 1994), dont le premier volume analyse la tradition textuelle et établit le stemma, tandis que le second présente le texte grec édité avec une traduction allemande en regard. Les textes ne sont pas commentés.

Il se trouve que cette thèse parut durant la période où j’étais moi-même engagé dans la production d’une thèse dont le sujet était similaire : proposer une nouvelle édition critique, avec traduction et commentaire, des Lettres de Diogène et Cratès. Autant dire que sa parution me coupa un peu l’herbe sous le pied, et je dus me résoudre à revoir mes ambitions à la baisse : je proposerais donc un commentaire du corpus, accompagné du texte grec révisé et annoté, et d’une traduction française.

Comme, néanmoins, j’avais déjà collationné quelques manuscrits (dont le plus ancien, le Palatinus gr. 398, considéré par Marcks comme optimus, et indépendant de la tradition desrecentiores), je pus constater que l’apparat critique de Müseler comportait un certain nombre d’erreurs, qui laissaient penser que sa collation n’était pas aussi fiable qu’une édition critique allemande le laisserait penser. Certains choix d’édition me parurent, également, n’être pas toujours pertinents, et la traduction parfois peu claire. Dès lors, mon travail de révision du texte ne m’apparut plus si superfétatoire que j’aurais pu le croire.

Pour revenir au présent, le projet de publication de ces correspondances, proposant une édition du texte amendée (avec apparat critique), accompagnée d’une traduction et d’un commentaire, aux éditions Vrin, dans la collection « Textes et traditions » dirigée par Marie-Odile Goulet-Cazé (qui présidait mon jury de thèse, et qui est à l’origine de ce projet), Richard Goulet et Philippe Hoffmann, vise à rendre accessible une partie négligée des sources de notre connaissance du cynisme antique.
Ce projet consiste en la préparation d’un ouvrage destiné à être publié dans la collection « Textes et traditions » (dirigée par Marie-Odile Goulet-Cazé, Richard Goulet et Philippe Hoffmann), aux éditions Vrin. Il s'agira d'une édition du texte amendée (avec apparat critique), suivie d'une traduction française et d'un commentaire.
Ce projet de recherche sur l’enseignement des langues anciennes, porté par Christophe Cusset à l’ENS de Lyon, part de plusieurs constats : 
  • Il n’existe pas actuellement en France de structure qui réfléchisse de manière spécifique aux difficultés posées par l’enseignement des langues anciennes de l’enseignement secondaire à l’enseignement supérieur ; 
  • Les langues anciennes connaissent depuis plusieurs années des difficultés du fait de la désaffection des élèves et des étudiants pour ces disciplines, pour diverses raisons qui tiennent aux représentations qu’elles peuvent véhiculer (comme disciplines du passé, souvent trop vite assimilées à des disciplines passéistes), aux exigences qu’elles imposent (par exemple dans la rigueur grammaticale), aux conditions dans lesquelles elles sont souvent enseignées (comme disciplines « secondaires » ou optionnelles, à des horaires dissuasifs) ; 
  • De plus en plus, on observe une pénurie d’enseignants qualifiés, notamment dans le secondaire, qui empêche d’assurer l’enseignement des langues anciennes ; 
  • paradoxalement, l’intérêt ne faiblit pas pour ces disciplines et pour la culture qu’elles permettent de découvrir, y compris auprès d’un large public, le plus souvent en dehors d’un cadre scolaire strict ; 
  • l’Europe trouve ses fondements culturels et institutionnels dans ces cultures de l’Antiquité qui sont revendiquées comme telles, mais de plus en plus mal connues.
Il convient aussi de réfléchir à l'accueil des étudiants en cursus de Lettres Classiques dans le supérieur, quand ils n'ont plus les bases de langue, de culture, d'histoire qu’ils sont encore censés avoir pour mener une formation efficace ; il n’est plus possible de faire comme si rien n'avait changé dans les trente dernières années ; la mise en place de la Culture antique dans toutes les hypokhâgnes a sans doute été un point important dans la prise de conscience des nécessités de combler certaines lacunes, mais ce premier stade n’est pas suffisant et ne concerne qu’une part limitée d’étudiants qui entrent dans le supérieur. 
Il semble donc nécessaire de fédérer des forces vives aussi bien auprès de collègues de l’enseignement secondaire que d’enseignants et d’enseignants-chercheurs du supérieur, pour réfléchir aux moyens de lutter contre ces paradoxes et éventuellement de proposer des moyens pour remédier aux difficultés propres de l’enseignement de ces langues et de ces cultures, qui ne sacrifierait pas aux exigences de la langue, mais permettrait un accès facilité aux textes phares de notre civilisation.
L’engouement des étudiants (et donc des futurs professeurs) pour le grec et le latin « vivants » est bien réel, ce qui constitue un paradoxe pour des langues jadis désignées comme « mortes » (mais désormais appelées « anciennes »). Trop longtemps on les a enseignées selon des modalités qui ne les traitaient que comme des langues écrites. Pourtant ces langues peuvent encore être parlées dans certaines conditions. Si quelques expériences ont déjà été menées à l’étranger — par exemple à Rome au sein de l’institut Vivarium Antiquum ou à Jérusalem au sein de l’Institut Polis, mais aussi en France dans le projet PEGASE (Université Grenoble-Alpes, Université Lyon II et ENS de Lyon) avec la mise en place de certains enseignements pilotes du grec ancien comme langue vivante — il reste encore toute une réflexion à mener sur l'équilibre entre « enseigner le latin ou le grec comme une langue vivante » et « viser le latin et le grec littéraires, avec les grands textes d'auteur ». Il faut trouver des moyens pour articuler l'une et l'autre perspectives, en particulier dans le secondaire, mais aussi dans le supérieur. On devra concevoir cette réflexion comme une base pour constituer de nouveaux supports et méthodes d’enseignement, et lancer ensuite des sessions de formation auprès des enseignants du secondaire par l’intermédiaire de la formation continue des Rectorats, mais aussi auprès de ceux du supérieur ou lors d’écoles d’été.
Il apparaît aussi que l’apprentissage de ces langues tend à ne plus être un domaine autonome, mais s’intègre désormais volontiers dans des filières à l’intitulé plus généraliste comme les licences « Humanités » ou les masters dits « mondes anciens ». Ces filières font de la maîtrise du latin et du grec un élément parmi un tout beaucoup plus large, tout en continuant à former (et il faut qu’elles continuent à avoir les moyens de le faire) des vrais spécialistes, ou en tout cas à donner aux étudiants la possibilité de maîtriser vraiment ces langues pour servir leurs propres projets de formation et de recherche. Il faut que les enseignants et chercheurs en langues anciennes puissent mener une réflexion sur l’autonomie et la dépendance des langues anciennes à l’égard d’autres disciplines.
Le projet envisage donc de manière pratique la mise en place d’un séminaire récurrent de travail entre enseignants du secondaire, enseignants-chercheurs et chercheurs sur les manières d’aborder les textes antiques dans toute leur diversité (textes épigraphiques, textes littéraires, textes scientifiques…). On y examinera les façons d’aborder l’apprentissage des langues anciennes indépendamment des textes littéraires et/ou en relation avec la lecture d’extraits. On organisera aussi des journées d’étude cherchant à travailler sur l’histoire de l’enseignement des langues anciennes et sur la diversité des pratiques pédagogiques selon les pays européens notamment. 
Le but de ce travail mis en commun est de produire de nouveaux supports et méthodes d’enseignement et d’organiser des formations à destination des enseignants du secondaire. En effet il arrive souvent que ceux-ci, ayant suivi des cursus plus dispersés que jadis et moins chargés en enseignements d’approfondissement, se sentent insuffisamment formés à ces langues qu’on leur demande d’enseigner.
Ce projet a pour objectif de réfléchir à l’histoire de l’enseignement des langues anciennes depuis l’Antiquité et de mener des recherches innovantes en didactiques des langues anciennes, dans le sillage de projets Fabula agitur (Financement ARC 2015, porté par M. Bastin-Hammou, en collaboration avec Pascale Paré et Filippo Fonio) et PEGASE - Parler le Grec Ancien Sans Effort, (Financement de la région Rhône-Alpes, porté par Laurence Vianès, en collaboration avec M. Bastin-Hammou, 2017). Le projet grenoblois s’inscrit dans un projet national qui a bénéficié d’un financement du GIS Humanités (2017-2020). Cette réflexion autour de la pratique de l’enseignement des langues anciennes donnera lieu à un cycle de journées d’étude en lien avec les enseignants du secondaire du bassin grenoblois et les étudiants du master MEEF parcours Lettres classiques.
Le projet, mené en collaboration avec Vivien Barrière (équipe AGORA, Université de Cergy Pontoise), consiste en une traduction et un commentaire d’un imprimé latin de 1650 d’un manuscrit de Jacques Léauté, datant sans doute de la fin du XVIe siècle, sur la ville d’Autun et ses monuments antiques. Jacques Léauté pouvant être considéré comme l’un des premiers antiquaires français, ses travaux sont une porte d’entrée importante pour comprendre la façon dont l’antiquité et ses monuments étaient abordés au XVIe siècle. L’édition et la traduction de cet opuscule pourront prendre une forme numérique. 
Les livres des Chroniques relatent l'histoire d'Israël et la généalogie de ses rois. Le second livre s'étend depuis le règne de Salomon fils de David, qui construit le premier Temple de Jérusalem, jusqu'à l'exil de Babylone, soit du Xe au VIe s. av. J.-C. Il couvre donc la même période que les deux livres des Rois. Bien que chacun de ces récits historiques possède sa vision particulière et ses épisodes propres, ils comportent aussi de nombreux épisodes synoptiques c’est-à-dire parallèles, dont le contenu et la rédaction sont presque identiques sur quelques lignes ou quelques pages. Ces passages sont actuellement au cœur de maintes théories savantes cherchant à retracer avec quelles sources ont travaillé les rédacteurs auxquels nous devons l'ensemble Samuel-Rois d'une part, les Chroniques d'autre part. Les développements récents de la recherche se distinguent par la place centrale qu'y prend le débat sur l'histoire textuelle des traductions grecques, considérée comme la principale porte d'accès à une histoire du texte hébreu. En effet le texte hébreu actuellement reçu, en circulation depuis le Xe siècle, ne doit pas être toujours considéré comme l’original d’où dérive le grec mais souvent comme le résultat d’une évolution, dans laquelle la version grecque est restée comme un témoin d’états antérieurs.
Conformément aux standards de la collection « La Bible d’Alexandrie », on étudie le texte grec sous l’angle de son rapport au texte hébreu reçu (perspectives sur un texte hébreu plus ancien, traductions interprétatives ou euphémisantes), ainsi que ses aspects linguistiques particuliers à l’intérieur de la langue grecque (traits syntaxiques et lexicaux de la langue hellénistique ou de la langue populaire, néologismes ; présence éventuelle dans les traductions les plus récentes d’un style biblique artificiel imitant les plus anciennes ; révisions du texte grec visant à rehausser le niveau de langue et le parer d’antiquité ou, plus rarement, à l’actualiser et rendre son accès facile). Enfin on cherche à retracer la réception de ce corpus dans les littératures antiques juive et chrétienne. 
Les livres grecs des Paralipomènes ont probablement été rédigés au IIe siècle av. J.-C., soit en Égypte selon la théorie classique de Gerleman, soit en Judée suivant des hypothèses plus récentes (Pearce, Zutot 2001 ; Vianès, Semitica et Classica 2018). La Bible grecque dans son ensemble, dite « version des Septante », est antérieure au christianisme et s’est constituée par étapes entre le IIIe et le Ier siècles avant notre ère. Elle a exercé une influence culturelle considérable en devenant la Bible de référence de tous les christianismes hors de l’Occident latin.
Le travail porte sur le Livre II des Chroniques dans la Bible, lu selon sa version grecque. Mené en collaboration avec le Pr. Philippe Abadie (Université Catholique de Lyon) et Bruno Meynadier (Paris), il vise à en publier une traduction française pourvue d’abondantes notes dans la collection « La Bible d'Alexandrie » (Éditions du Cerf).
Ce projet, originellement orienté vers les allusions aux astres chez les poètes latins, doit aboutir à la réalisation de deux éditions, dans la collection des Universités de France, celle du Bellum ciuile de Lucain et celle des Astronomica de Manilius (en collaboration avec Jean Trinquier de l’UMR 8546 AOrOc). Les premiers volumes devraient être publiés en 2024-2025. En ce qui concerne les travaux sur Lucain, il est envisagé, grâce au support de l’équipe ELAN, de doubler le travail « papier » d’un support numérique dont l’objet serait, avant tout, de servir de Thesaurus des leçons manuscrites de Lucain. Un tel Thesaurus aura un intérêt philologique considérable puisqu’il permettra de voir la façon dont un mot peut être déformé au cours du processus du copie, permettant ainsi à l’éditeur d’affiner la connaissance génétique des variantes mais aussi de mieux guider la critique conjecturale. 
 
Le projet PLANETAS (Poésie Latine et Astronomie : Nouvelle Étude de la Terminologie et des Allusions Scientifiques) a pour objectif de mener une étude complète des allusions aux astres dans l’œuvre de Lucain, poète épique du 1er siècle de notre ère, auteur de la Pharsale, poème racontant la guerre civile entre Jules César et Pompée au 1er siècle avant J.-C. Lucain apparaît comme un poète curieux des sciences de son époque et qui se complaît à multiplier les références savantes dans ses vers. La fréquence et la précision avec laquelle il évoque, dans son poème, les constellations laissent penser qu’il était amateur d’astronomie et son œuvre pourrait être une fenêtre ouverte sur les connaissances scientifiques d’un Romain cultivé du 1er siècle de notre ère. En outre, le projet PLANETAS s’inscrit dans le cadre de l’intérêt croissant autour de Lucain. Au cours de la dernière décennie, trois congrès internationaux ont été consacrés à cet auteur (Bordeaux 2008, Genève 2012 et Clermont-Ferrand 2012), ainsi qu’un colloque américain qui a réuni au printemps 2017 les spécialistes de Lucain (Provo 2017). Peu auparavant, en 2005, avait été organisé à Palerme un séminaire international intitulé Doctus Lucanus, au cours duquel l’érudition particulièrement remarquable du poète avait été mise en avant.

En ce qui concerne l’astronomie, le poète mentionne souvent la configuration du ciel et des astres, tantôt pour évoquer des présages favorable ou défavorable, tantôt simplement pour dater l’action. L’analyse de l’ensemble des passages dans lesquels Lucain convoque l’astronomie, qu’il s’agisse d’une représentation populaire ou d’une allusion technique à des théories antiques, aura deux fins principales : il s’agira d’abord d’éclaircir définitivement l’ensemble des références savantes pour rendre explicite les réalités célestes que Lucain décrit dans un langage poétique. Grâce à ce travail de commentaire, il deviendra possible de confronter la représentation des astres du poète à celle que l’astronomie contemporaine permet d’avoir. Ainsi, les dates évoquées par Lucain à l’aide des données astronomiques pourront être reconstituées et comparées à celles que nous donnent d’autres sources historiques sur la guerre civile qui a opposé César à Pompée.

Ce travail permettra, ensuite, de débuter une collaboration fructueuse entre sciences humaines et sciences de la nature au sein de l’UGA. Les textes poétiques latins décrivant des phénomènes astronomiques sont nombreux et souvent peu étudiés sous cet angle. Par exemple, les 4200 vers qui composent le poème de Manilius, un poète astronome du 1er siècle de notre ère, n’ont pas fait l’objet d’une édition scientifique moderne en France, tant il est complexe de former une équipe éditoriale compétente en édition des textes latins et en astronomie antique. Le projet PLANETAS pourrait établir les fondations de futurs projets autour de l’astronomie antique. En outre, l’étude des allusions astronomiques chez Lucain s’intègre au projet de réalisation d’une édition critique de la Pharsale, voulu par les Belles Lettres, sous la direction de Florian Barrière.

Une journée d’étude sur l’astronomie et les arts s’est tenue le 30 novembre 2018, dans le cadre du projet PLANETAS.

Le projet est financé par l’IDEX IRS.
Translatoscope : Traduire Aristophane en France est le prolongement du projet L’Aristophane de Dom Lobineau et fait écho au projet Translating Greek Drama ; il a pour objectif d’établir une édition numérique des traductions d’Aristophane en France depuis la Renaissance, de développer un outil numérique d’exploration de ces traductions, et de produire une nouvelle traduction du théâtre d’Aristophane informée par l’analyse des traductions existantes et de leur histoire.
Mis à jour le 22 juin 2021